Arche
Ronald Johnson [*]
Rayons 21, 22, 23, Le
Chant d'Orphée
Ô
Arbre
dans le Monde
l'Homme
élu
S'éleva du Chaos:
Chant
Tonnerre au milieu des narcisses tenus,
collines de chélidoine jaune au soleil soudain
électrum
"quand la lumière marche".
Quand la lumière marche, dextrorsum, senestrorsum,
les atomes mémorisent l'aile de la luciole
silhouette feuille d'orme de 20 pieds
(trois brins de fléole comme les verrait un ver).
Un vert au bord brodé de bleu, le crépuscule
s'enfonce tel un demi-nageur
- chevilles dans l'onde ridée des tétras
se gavant de fraises écarlates,
à mi-corps la chaîne puis toit de trèfle d'étoiles
écartelées, un oeil
pâle espolet Orion radié
soie acanthe dans une particule de sol -
vers Eurydice. Tête plongée
ni dans éther,
ni dans enfer:
"Tu trouveras, à gauche de la Maison d'Hadès,
une source...
un cyprès à feuilles blanches sur le
côté".
"Parfois le prophète voit l'image de
Gloire
au centre d'un nuage;
mais l'ange-messager est invisible
car le feu angélique est trop pur pour être vu.
Lorsque l'on voit le feu dévorant
là-bas dans le lointain
l'on ne voit que la fumée qui
l'entoure.
En outre l'ange demande:
Que vois-tu?"
"J'ai vu l'Éternel
vision intérieure,
pas oculaire"
réponse.
P A U M E S
SOIS
l'homme qui marche sur la voie de jour et nuit
Comme un arbre d'eau, feuillage
paille que le vent
résiste
imagine la terre soulevée contre le soleil
extrémités comme le O d'un potier: tremblement de
sable de toutes parts
Lève-toi, et ries.
Tenez-vous en
vos coeurs,
Puis taisez-vous.
sur nous la lumière
à temps pour paroles de glace:
point de gosier au milieu des ions cries
de joie.
Ô
sauve-moi à cause
du séjour des morts qui
chaque nuit ma couche est baignée de mes larmes
.
Ô
lion, environne
tourne
vers un terme mais flèches chantent
Par la bouche de
lune et étoiles,
Qu'est-ce que l'homme, qui l'a fait anges, animaux
pour des ruines éternelles: les portes dans les portes
de filet caché
enlacé dans le tour vers la vue.
:ils sont
conçus.
chancelle dans des lieux écartés
oreille pour écouter:
montagne comme oiseau paupière calice.
Ils parlent langue éprouvée sur terre
au creuset,
de toutes parts,
je m'endors du sommeil du
tout, pas un
seul.
Un héritage m'est échu
la nuit même.
comme la prunelle de l'oeil à l'ombre d'ailes,
lion en secrète image.
voix
coups de foudre des grandes eaux.
lumière:
le chemin sous mes pas,
anéanti.
releva poussière qu'emporte le vent
rocher au-dessus de
:l'homme
naissance au monde.
soleil sa course: yeux des rayons coeur, main. nom pour
toujours toujours chancelle
un jour le feu fera paraître des formes conçues.
ver secoue le sein: je suis comme de l'eau qui s'écoule
à la poussière de la mort.
licorne fermée
les extrémités de la terre tourneront
verte ombre court.
terre fleuve jusqu'à tête
portes; linteaux; portes; linteaux; toujours augmentent:
dentelle ferme en lumière et chair,
la voix des
eaux
sur les grandes eaux,
La voix de flamme fait trembler la voix sauvage du séjour
des morts:
dans la cérébranche du matin. chancelle montagne
sur mon sang, poussière allègre:
et oreille rocher rocher sorti de l'esprit main
je suis dans la détresse:
j'apprends
Mes destinées
qu'elles deviennent muettes les lèvres; une tente de langues.
chassé du regard: os gémissent toute la journée
été.
au temps d'espace environné de chants
Je harpe une terre remplie de souffle: la mer existe.
leurs actions
exaltent célébrons-le tous.
matière grande ouverte
nuées comme les montagnes source de
lumière nous voyons la lumière
herbe-glaive coeur, temps: plus la
postérité arbre ma chair
devant l'amour,
pas toujours
détruis comme la teigne le plus cher: mais de la boue,
oreilles ouvertes de la grande assemblée.
chuchote lève
pour toujours jusqu'à toujours
nourriture en actions de grâces,
au-dedans de moi: un flot appelle
une profonde harpe
chassé le bras et, la lumière
disperse avec le visage
oublié,
matière: écrivain
quand la terre est bouleversée,
Il est
un fleuve point ébranlé:
s'ébranlaient: avec le feu.
au son de la trompette vent extrémités de la ronde
oreille aux sentences:
J'ouvre mon chant
au son de la harpe
d'enveloppe
interne semblable aux bêtes en pâture devant moi.
Je plie des montagnes par milliers.
je saignerais le Très-Haut:
tisse silence du soi
mis en ordre.
au fond du coeur: au-dedans de la neige murs
la terre du verdoyant fils est
égarée:
tous sont un seul
ion!
levé le frisson la colombe au repos
en tempête
:jour et nuit dans son sein.
au milieu d'elle:
élève changement caché, viole les paroles
remets la colombe
de la chute, lumière
l'ombre lion qui vomit la flamme, flèche une terre.
Je chanterai
je ferai s'éveiller mon sel jusqu'aux nues.
parle à la voix du grand limaçon soleil
tourbillon sang
de la course reviens fais le tour fais errer
les extrémités de la terre
reviens çà et là.
je chanterai le matin: pour ébranler les brèches
d'étourdissement.
je chancellerai comme une muraille qui penche
plaisir
dans une balance,
à chacun selon ses mets gras
lance en cachette sur l'innocente chute toute chair vient.
flots, et le tumulte aux extrémités des
prodiges:
à l'orient et l'occident
ruisseau l'année est ceinte
Pousse
des cris de joie
à travers le fleuve à pied:
chancelé comme filet d'argent sur nos têtes passé
feu luire fumée, chante
trembla neige de la fontaine de nuées.
J'enfonce
étranger à la prière
délivré du gouffre.
flotte-moi, face à mon âme, dans ma soif
Que cela soit
amour à l'envers amour exalté: prodige guette
dans les collines, longue lune, terrain fauché
ondées en la poussière or blés
ville du soleil tous diront un songe
coeur sans intelligence: Je place mon refuge dans la
fumée.
cognées sur haches mis le feu
dans le pays
signes: les limites de la tourterelle-tremble: orient, occident,
plein de mélange
résonnent, montagnes de sommeil.
éveil:
Les eaux ont vu:
Le tonnerre retentit:
tonnerre sentier le grand connu publie nos pères
nous ont
raconté fendus
nuée, et toute la nuit par un feu
allumées les portes
fit pleuvoir comme sable,
les années un souffle en puissance, sauterelles,
sycomores gelée.
la grêle troupeaux au messager feu dévora
sang
comme de l'eau qui va en splendeur
relève-nous, Ô
fait des racines, remplies d'ombre étendait branche à
la mer
rejeton au fleuve.
clôture forêt et le champ regarde
ta droite plantée par le feu,
relève-nous, Ô
cris vers paume, harpe luth.
Sonne la retraite du tonnerre: froment
fondements de silence ne repose pas, joint comme le tourbillon;
chaume qu'emporte le vent.
flammechair le passereau nid traverse; la pluie germe
de la terre;
voix exauce-moi.
Ô tourne vers elle: cantique
je ne puis sortir.
le nord et le midi
dans une vision change ce qui est toujours,
vidé bord à terre ce qu'est la durée de vie:
Y a-t-il un homme qui ne voit pas la mort?
les pas les ans d'hier, un songe: consumés par compte
nous avons vu la grâce sous l'abri
ombrant mille mille
yeux dans toutes voies.
contre une pierre je délivrerai le son.
comme dispersé avec huile d'ondes
voix flots choses
garde l'oreille, formé l'oeil,
pensées chancellent en foule réjouissent
mon âme dessein
Et rocher cantique les montagnes de jour en jour splendeur dans
majesté
chancellent:
nuages tremblent.
montagnes comme cire La lumière est semée
aux yeux: toutes extrémités
Que les fleuves battent
sur
la colonne de nuée: allégresse.
devant yeux:
coeur anéanti intègre
je vois,
je suis en fureur
mêle poussière assemblée dans le
changé:
formé fleur un vent demeure
flammes de tonnerre
en grand nombre les léviathans jouent
tournent créés là tant que j'existerai
face étrangère à l'autre
locus
fonte
figure
attachée près des eaux dominées orient, occident,
nord et mer misère liens verrous flots rondes nombreux
multiple pli
éveil parmi grande réponse
jet
désenviron
aile conservée fusion chassée
multitude droite de droite sceptre milieu
sein juré de l'ordre brise tout un prodige étercordieux
esprit coudé fermé en postérité
à jamais
lumière chancelle du coeur ferme
dès maintenant le soleil
regarde sur sous saut saut change source yeux formés
chute vers présent comme un feu de tête
a fait nous
prospéro baguette parole
travaux cachés
accordéon cours incline accord loi crainte accord
harmonies commandement statués ordonnance son
cendre anéanti subsiste
Je vois des bornes à tout ce qui est parfait amours vieille
lampe sentier
avive
chair frissonne statue
vide sur sur fine révélation
éclair don simple commandement ouvert face vers torrent
vie
et aurore approche mèche est comme
un grand cri
tous publient le trait monta monte
yeux de pied à soleil
départ et arrivée dès
maintenant
entassement de graines
aiguise le torrent
je rêve
les gerbes dorment vibrent parlent en sillon
au moissonneur du fond de l'abîme
J'espère et j'attends le matin de tous les regards
matière comme essaim revêtu de vision
tout bourgeon une lampe
la tête est dans les éclairs
vent venu de toujours à toujours à toujours seul
étendu les eaux les grands luminaires étendus
coupé en deux au milieu toujours chair
fleuves de saules-chants
sur le roc
accru de loin je marche
compas derrière et devant prend aile autour de moi
la nuit comme le jour comme la lumière
Je m'éveille
et connais mon coeur
la voie glorifie
dispersé
Je jette les yeux sur la terre des vivants
Comme ceux qui sont morts depuis longtemps au-dedans en moi
J'étends le matin
un cantique à dix cordes
Je célébrerai pour tous entendrai leur existence
étoiles sans limite vite neige devant vent soleils ailés
dans l'assemblée à deux tranchants
retentissante
Traduit de l'anglais par B. Hoepffner
* Ronald Johnson, parlant de la traduction de sa poésie,
déclare qu'il faut seulement "traduire les mots
(les miens, de toute façon). Je ne fais que ramasser des
tessons (des mots) en chemin, et je bénis le ciment!"
À l'entendre on pense inévitablement au Palais Idéal
du Facteur Cheval et aux Tours de Watt de Simon Rodia - des gens
simples au travail. Ronald Johnson est un écrivain transcendantaliste
dans la lignée d'Emerson, de Thoreau et de Whitman - une
manière de vivre, de penser et d'écrire que l'Europe
a tendance à ignorer, trouvant ces écrivains trop
naïfs, parce qu'ils ne suivent pas les chemins bien tracés
du savoir. Mais c'est l'Europe qui est naïve, car, chez Ronald
Johnson par exemple, on trouve tout notre passé, lié
avec une précision d'horloge astronomique à un présent
en mouvement constant dont il accepte d'être un des créateurs.
Depuis plusieurs décennies,
Ronald Johnson compose une uvre gigantesque: Ark, qu'il
vient d'achever et dont diverses parties ont été
publiées (Ark: The Foundations, The Spires, The Ramparts).
Un autre grand poème, Rad i os (1977), ne contient
que certains "mots" d'une édition de 1892 du
Paradis perdu de Milton, à l'emplacement exact où
ils se trouvent dans le livre de Milton, Ronald Johnson ayant
effacé le reste (les mots sont de Milton, tels que Blake
les a fait passer, le ciment, le mortier, aurait-il alors été
fourni par Mallarmé?). Contrairement à Angelus Silesius
pour qui
"La
rose est sans pourquoi; elle fleurit parce qu'elle fleurit.
N'a
souci d'elle-même, ne cherche pas si on la voit,"
Ronald Johnson pense que la lumière
créa l'il pour pouvoir être vue, au grand dépit,
certainement, des cendres de Roger Bacon. La nature, tout ce que
la culture tente difficilement de recouvrir, est nettoyée,
débarrassée du positivisme et du victorianisme,
rendue à ses lignes premières, comme chez Blake,
et répartie en mots sur du papier - une merveille de concentration
(Ronald Johnson cite un principe de Ginsberg "INFORMATION
MAXIMUM / MOINS DE MOTS"). Dans ses conseils sur la manière
de traduire Ark, Johnson recommande de faire primer la
musique sur le sens, de penser à Rimbaud et de condenser
comme un alchimiste.
Ronald Johnson est mort en 1998
peu après la publication complète de Ark. [>]
B.H.