A Song from Shakespeare's Cymbeline

William Collins

To fair Fidele's grassy tomb
       Soft maids and village hinds shall bring
Each op'ning sweet of early bloom,
       And rifle all the breathing spring.

No wailing ghost shall dare appear
       To vex with shrieks this quiet grove;
But shepherd lads assemble here,
       And melting virgins own their love.

No withered witch shall here be seen,
       No goblins lead their nightly crew;
The female fays shall haunt the green,
       And dress thy grave with pearly dew!

The redbreast oft at ev'ning hours
       Shall kindly lend his little aid:
With hoary moss and gathered flowers
       To deck the ground where thou art laid.

When howling winds and beating rain
       In tempest shake the sylvan cell,
Or midst the chase on ev'ry plain,
       The tender thought on thee shall dwell.

Each lonely scene shall thee restore,
       For thee the tear he duly shed:
Beloved, till life could charm no more,
       And mourned, till Pity's self be dead.

 

Chant pour le Cymbeline de Shakespeare

Sur la tombe moussue de la belle Fidèle
       Jeunes villageoises et valets iront poser
Des premières floraisons les senteurs les plus fraîches,
       Dérobées à l'haleine même du printemps.

Aucun spectre plaintif n'osera apparaître
       Et troubler de ses cris le calme du bosquet;
Mais les bergers viendront ici se retrouver,
       Et les vierges attendries avoueront leur amour.

Ici on ne verra nulle sorcière ridée,
       Nul groupe de gobelins pour troubler la nuit;
Les pelouses seront hantées par les douces fées,
       Qui orneront ta tombe d'une rosée de nacre!

Souvent au crépuscule le rouge-gorge viendra
       Gentiment s'associer et prêter son concours:
De mousse vénérable et de fleurs répandues
       Il couvrira la terre où tu es étendue.

Lorsque les vents hurlants et la pluie déchaînée
       De la tempête secoueront ton abri sylvain,
Ou quand la chasse résonnera sur toutes les plaines,
       Le tendre souvenir sera toujours présent.

Grâce à toi renaîtront les scènes solitaires,
       Pour toi seront versées des larmes nécessaires:
Aimée, jusqu'à la fin du charme de la vie,
       Et pleurée, jusqu'à la mort même de la pitié.

Traduit de l'anglais par B. Hoepffner