Pseudodoxia Epidemica,
Ou, Examen de nombreuses idées reçues et de vérités généralement admises

Sir Thomas Browne

 

Crâne de Sir Thomas Browne

 

Au lecteur


       
Si la Vérité nous en donnait dispense, nous pourrions nous contenter de dire, avec Platon, que la connaissance n'est que Souvenir 1; que l'Acquisition intellectuelle n'est qu'Évocation réminiscente et que des Impressions nouvelles colorent simplement d'anciennes et pâles empreintes estampillées sur l'âme. Car, pire encore, la connaissance s'obtient par l'oubli et, afin d'acquérir un corpus clair et acceptable de Vérité, il nous faut oublier une grande partie de ce que nous savons et nous en détacher. Notre délicat Examen, touchant à la Science dans sa totalité, récolte des concepts, dont certains sont vrais et avérés, mais dont beaucoup ne satisfont en rien notre jugement critique. Il s'ensuit que dans cette Encyclopédie et cette ronde de la connaissance, semblables aux grandes et exemplaires roues des cieux, nous devons nous préoccuper de deux Cercles car, tandis que nous sommes quotidiennement transporté par le mouvement de l'un d'eux et que nous sommes emporté par son tourbillon, il nous faut maintenir une allure naturelle et correcte sur la roue lente et modérée de l'autre. Et nous y parviendrons d'autant plus aisément si nous examinons immédiatement notre savoir; en écartant avec impartialité ces usurpations que la docilité juvénile et la crédulité populaire ont acceptées. Ce pourquoi nous nous sommes efforcé présentement de rédiger un long et sérieux Adviso dans lequel non seulement nous proposons une Liste vaste et copieuse mais nous tentons de mettre ces jugements en doute à partir de l'expérience et de la raison.
       Et tout d'abord nous implorons grandement pardon pour l'audace de cette Tentative, car nous reconnaissons humblement qu'un travail aussi important et d'une telle difficulté concernant la vérité eût bien mérité la conjonction de plusieurs têtes; et il eût certainement été plus avantageux pour la Vérité d'avoir été l'objet des efforts d'une association d'initiateurs, lesquels seraient restés plus fidèles à la nature et auraient ainsi apporté leur autorité à l'entreprise: ce à quoi nous ne pouvons prétendre vu la solitude de notre condition et nos moindres capacités. Ce qui toutefois ne nous a pas détourné de notre tâche, et nos tentatives solitaires ne nous ont pas découragé au point de désespérer de voir le regard favorable de la science se poser sur nos efforts solitaires et isolés.
       Nous n'avons pas non plus laissé tomber notre plume par découragement devant la contradiction et l'incrédulité, ainsi que devant la difficulté qu'il y a à éliminer des croyances bien établies et des grands préceptes, quoique nous soyons très conscient de l'autorité que confèrent les années d'enseignement, des racines que le grand âge transforme en erreurs et du fait que les Glands ayant germé sur notre front juvénile deviennent des Chênes sur une tête âgée, lesquels refusent de se courber devant le bras plus puissant de la raison. Pourtant nous n'avons pas manqué de remarquer comment certains ont vu leurs diverses rédemptions de la vérité accueillies avec froideur, comment leurs examens généreux ont été rejetés et leurs particularités critiquées et calomniées.
       Nous espérons que la pratique de notre Profession nous vaudra quelque égard, laquelle, bien qu'elle nous mène à de nombreuses vérités que d'autres personnes ne pourraient pas discerner, en contrarie cependant la divulgation et interrompt fréquemment l'usage de notre plume lorsque nous tentons de les transmettre: il s'ensuit donc que dans cette uvre les tentatives seront bien plus fréquentes que les prouesses, car elle a été composée à temps perdu, lorsque la médecine nous en laissait le loisir et lorsque les vains aléas de l'Uroscopie * nous y autorisaient. Et c'est pour cette même raison qu'elle ne possède sans doute pas ce style régulier et constant, ces expériences infaillibles et ces conclusions étayées que le sujet réclame parfois et qu'on attendrait naturellement de ceux à qui leurs portes tranquilles et leurs heures paisibles évitent de telles distractions. Toutefois, quiconque évaluera impartialement l'immense difficulté rencontrée par l'Attempteur, soit du fait de l'obscurité du sujet, soit du fait de l'inévitable paradoxologie, discernera aisément qu'une tâche de cette nature ne peut pas s'accomplir au pied levé 2 et ne peut que sentir l'huile 3 si l'on s'en acquitte dûment et à bon droit.
       Nos premières intentions concernant le sujet commun de la Vérité nous avaient déterminé à l'offrir à la République latine et aux juges équitables d'Europe mais, comme nous devions ce service tout d'abord à notre Pays et, en celui-ci, tout particulièrement à nos Gentilshommes de bon lignage, nous avons pris le parti d'un langage plus adéquat. Bien qu'il me faille avouer que la spécificité du Sujet nous entraînera parfois à utiliser des expressions qui dépassent de loin la simple compréhension de l'anglais; il est vrai d'ailleurs que, si l'élégance continue à faire école et si les Plumes anglaises maintiennent ce flot que nous avons récemment vu couler de nombre d'entre elles, dans quelques années il nous faudra apprendre le latin pour comprendre l'anglais, et bientôt il sera aussi facile de comprendre une uvre dans les deux langues. Nous n'avons pas non plus adressé notre plume ou notre style au vulgaire (qui n'est pas amendé par les Livres et qu'il est impossible de convertir de cette façon) mais aux plus intelligentes et importantes des personnes de Sciences; car nous comprenons bien (en tout cas nous l'espérons tout du moins) que si elles ne sont pas arrosées par les hautes sphères et les météores 4 fructueux de la connaissance, ces herbes perdront nécessairement leur sève nourrissante et dépériront d'elles-mêmes; et si nos efforts pouvaient contribuer à les faire perdurer, nous pourrions abandonner le reste à la faux du temps et à la suprématie espérée de la vérité.
       Nous espérons qu'il ne nous sera pas reproché de n'avoir devant nous dans ce Labyrinthe ni chemin tout tracé ni manuduction constante; car il nous faudra souvent nous avancer dans l'Amérique, c'est-à-dire dans les sentiers inexplorés de la vérité; car, bien qu'il y a peu d'années encore le Dr Primrose ait rédigé un docte Traité sur les Erreurs vulgaires en Médecine 5, nous n'avons examiné que deux ou trois d'entre elles. Scipion Mercurio nous a également donné un excellent Traité en italien 6 au sujet des Erreurs populaires, mais il s'est limité à celles qui ne concernaient que la Médecine et a peu contribué à notre Doctrine dans sa globalité. Le livre de Laurentinus Jubertus portant le même Titre 7, nous a laissé espérer que nous trouverions chez lui un grand secours; cependant il ne nous a malgré tout rien apporté, car son contenu ne correspondait que très peu à cette inscription. Et cet ancien livre d'Andreas ayant prétendument le même titre * ne nous apporterait sans doute pas davantage d'Aide (si nous en attendions). Nous sommes ainsi contraint à ne nous en remettre qu'à nous-même face à la puissance de l'opinion et à nous confronter au Goliath et au Géant de l'Autorité avec de pitoyables cailloux et de faibles arguments tirés de la besace et des maigres ressources de notre personne 8. D'ailleurs c'est à peine si nous avons mentionné quelques Auteurs que nous n'honorons pas et, si le dénigrement nous sollicitait, la discrétion viendrait certainement nous interdire toute intention dépréciatrice là où les plus grandes Plumes et la plus amicale éloquence ne sont pas parvenues à mériter des éloges.
       Et, des esprits raisonnables, nous ne pouvons donc qu'espérer considération impartiale et candeur. Nous ne nous attendons pas à susciter ici le courroux de la Théologie et ceux qui soutiennent l'état présent des choses et les controverses sur des points de Théologie depuis longtemps établis ne voudront pas condamner nos prudents examens concernant les propriétés douteuses des Arts et les Idées reçues de la Philosophie. Les Philologues et les Orateurs Critiques, lesquels ne s'arrêtent ni à la surface ni à l'apparence immédiate des choses, ne s'irriteront certainement pas de nos explorations plus bornées que les leurs. Nous ne doutons pas non plus que nos Frères en Médecine (que leur connaissance des réalités naturelles incitera à une meilleure appréhension de beaucoup des choses énoncées) accueilleront amicalement nos efforts, même s'ils ne les défendent pas. Et il ne nous est pas davantage possible de concevoir que nos efforts seront mal accueillis par ces illustres Notables qui s'évertuent à faire avancer la Science 9; car celle-ci progressera sans doute plus facilement une fois qu'un si grand nombre d'obstacles aura été surmonté et que beaucoup de contrevérités, toutes ces choses que les croyances populaires font passer pour des principes et qui troublent la tranquillité des Axiomes qui sinon pourraient être proposés, auront été éliminées. Et les sages ne sont pas sans savoir que les Arts et la Science ont besoin de cette expurgation et si la marche de la vérité est laissée à son propre cours, comme celle du Temps et des computations non corrigées, elle ne pourra échapper à de nombreuses erreurs que la durée ne fait qu'accroître.
       Pour finir, nous ne soutenons pas d'opinions Magistrales et nous n'imposons pas nos conceptions de manière Dictatoriale, mais, dans l'humilité des Examens ou disquisitions, nous n'avons rien fait d'autre que de les proposer à des discriminateurs plus avisés. Il s'ensuit donc que chacun est libre de ses opinions et tous peuvent penser ou déclarer une opinion contraire. Et nous irons jusqu'à encourager la contradiction en promettant de ne pas opposer d'objection ou de contestation à toute Plume qui viendra nous réfuter Fallacieusement ou captieusement, qui se saisira seulement de nos fautes, qui choisira des digressions, des Corollaires ou des conceptions ornementales afin de prouver que les siens sont des vérités impartiales. Et nous ne nous préoccuperons que de ceux dont la Connaissance judicieuse et expérimentale viendra solennellement examiner ceci, non seulement pour détruire une partie de notre travail mais pour établir le leur, non pas pour diffamer et accabler, mais pour expliquer et dilucider, pour ajouter et enrichir, selon la coutume estimable des Anciens dans leur promotion avisée de la Science. Et, nonobstant, nous ne répondrons pas à ceux-là avec aigreur ou dans un souci de justifier notre travail, mais nous les applaudirons et confirmerons leurs assertions plus élaborées; nous attribuerons également ce qui est en nous à leur nom et à leur honneur. Prêt à être avalé par tout propagateur plus digne que nous, dans la mesure où nous aurons atteint notre but si, d'une façon ou d'une autre, sous un nom ou sous un autre, nous pouvons parvenir à réunir une telle somme, désirable et qui néanmoins n'a pas fini d'être désirée, concernant la Vérité.


THOMAS BROWNE

 

LE POSTSCRIPTUM

Lecteurs,
Afin de vous informer des Avantages de la présente Édition, et de désabuser vos attentes de toute Amplification future; ces mots sont là pour vous prévenir que, du début à la fin, cette Édition a été composée avec un très grand nombre d'Explications, d'Additions et d'Altérations, outre celle d'un Chapitre tout entier; mais à présent que cette Oeuvre est complète et parfaite ne vous attendez pas à d'autres Additions

1       [Phédon, 73 e-f ; Ménon, 81 c.] >

*       Inspection des Urines. >

2       [Allusion au vers d'Horace, Satires, I, IV, 9.] >

3       [Voir Plutarque, Vies, "Démosthènes ", VIII, 4 ; il s'agit de l'huile des lampes qui éclairaient aussi bien Thomas Browne que ses lecteurs.] >

4       [Au sens de phénomènes atmosphériques.] >

5       [James Primrose, De vulgi in medicina erroribus.] >

6       [Girolamo Scipione Mercurio, De gli errori popolari d'Italia.] >

7       [Erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé, 1578; Browne parle de la traduction latine incomplète de 1600.] >

*       Peri twn yeudwV pepioteumenwn, Athenæi, Liv. 7. >

8       [Voir 1 Samuel, 17:40.] >

9       [Voir Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, II, ii, 4, 1.] >

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LE DEUXIÈME LIVRE


De divers Dogmes populaires concernant les corps Minéraux et végétaux, généralement tenus pour vrais, lesquels, une fois examinés, s'avèrent soit faux, soit douteux

CHAP. 1

Du Cristal
       

       Depuis toujours, et encore aujourd'hui parmi nous, selon l'opinion commune, le Cristal n'est rien d'autre que de la Glace ou de la Neige concrétée qui, du fait de la durée du temps, a été congelée au point de ne plus pouvoir subir de liquation. Assertion que, si la prescription du temps et le grand nombre des Asserteurs le démontraient suffisamment, nous pourrions alors poser comme étant une vérité indubitable; point besoin alors de disquisitions ultérieures. Car il existe peu d'opinions qui se soient acquis autant de partisans ou qui aient été reçues avec autant de popularité, dans toutes les professions et à toutes les époques. C'est avec conviction que Pline affirme cette opinion: Crystallus fit gelu vehementius concreto 1; il est suivi par Sénèque 2, et par Claudien qui le fait avec élégance 3, elle n'est pas niée par Scaliger 4, elle est en grande partie soutenue par Albert le Grand 5, Brasavola 6, et complètement par nombre d'autres auteurs. Les vénérables Pères de l'Église y ont eux aussi adhéré; Basile dans son Hexameron 7, Isidore dans ses Étymologies 8, et non seulement Augustin 9, Père de l'Église latine, mais également Grégoire le Grand 10 et Jérôme 11 à l'occasion de l'emploi de ce mot dans le premier chapitre d'Ézéchiel 12.
       En dépit de tout cela, un strict examen du sujet nous fait avancer que cette opinion est controversable et qu'elle est niée avec bien davantage de raison qu'on ne l'a affirmé jusqu'à présent. Car, si de nombreux Auteurs l'ont soutenue par des affirmations crédules, beaucoup d'autres l'ont niée, et les Minéralogistes les plus rigoureux l'ont rejetée. Diodore la rejette dans son onzième livre 13, À condition que le Cristal soit ici entendu dans son acception correcte, comme c'est le cas pour Rhodoginus 14 et qu'il ne soit pas confondu avec le Diamant, comme l'a compris Saumaise; car à cet égard il affirme: Crystallum esse lapidem ex aqua pura concretum, non tamen frigore sed divini caloris vi 15. Solinus, qui n'a fait que transcrire Pline et a donc presque toujours souscrit à ses affirmations, est en désaccord avec lui sur ce sujet: Putant quidam glaciem coire, & in Crystallum corporari, sed frustra 16. C'est avec assurance que Mattioli, dans ses Commentaires sur Dioscoride, a écarté cette opinion. Il en va de même d'Agricola dans Sur la nature des fossiles 17, de Cardan 18, de Boèce de Boodt 19, de Caesius Bernardus 20, de Sennertus 21, et de bien d'autres encore.
       Or, indépendamment des autorités qui soutiennent le contraire, un bon nombre de raisons peuvent sans doute être déduites de toutes les divergences qui paraissent rejeter cette opinion. Et tout d'abord il existe sans doute une dissimilitude de concrétion. Car si le Cristal est une pierre (ce qui, de l'avis de tous ceux qui en ont parlé, est accepté), il n'est pas directement concrété par l'intermédiaire du froid mais plutôt par un esprit Minéral et par des principes lapidifiques qui lui sont propres et, en conséquence, lorsqu'il se trouvait in solutis principiis et était encore un corps fluide, il était un sujet fort impropre pour une conglaciation correcte; car les esprits Minéraux résistent le plus souvent et s'y soumettent rarement. C'est ainsi que nous observons que beaucoup de cours d'eau et de sources ne gèlent jamais et que dans les rivières et les lacs, là où se trouvent des éruptions Minérales, de nombreux endroits restent libres de toute congélation; ce que nous observons également pour l'Aqua fortis 22 ou tout autre solution Minérale, qu'il s'agisse de Vitriol, d'Alun, de Salpêtre, d'Ammoniaque ou de Tartre; solutions qui, bien que partiellement évaporées et placées dans une Chambre froide, se Cristalliseront et produiront des corps blancs et glacieux; il ne s'agit cependant pas d'une congélation essentiellement effectuée par le froid mais d'une induration intrinsèque sans cause externe et d'un retour à l'état solide normal, lequel avait été absorbé par la liqueur et s'était par-là même auparavant perdu dans une imbibition complète. Et il en va de même lorsque le bois et bien d'autres matériaux sont pétrifiés, soit dans la mer, soit dans d'autres eaux, soit dans des terres contenant de tels esprits; nous n'attribuons pas habituellement leur induration au froid mais plutôt à des esprits salins, des sucs concrétifs et à des causes circonjacentes qui, de fait, assimilent tous les corps qui sont susceptibles d'être assujettis à leur influence.
       La Glace, au contraire, n'est rien d'autre que de l'eau congelée par la frigidité de l'air, ce par quoi elle n'acquiert pas de forme nouvelle mais plutôt une consistance ou détermination de sa diffluence, elle ne perd pas son essence mais son état de fluidité; seule l'eau ou l'humidité aqueuse est réellement capable de se transformer en glace; car la condition finale du vif-argent est en réalité une fixation, celle du lait une coagulation, et celle de l'huile ou de tout corps onctueux n'est qu'un épaississement; C'est à partir de l'expérience de la congélation qu'Aristote teste la fertilité de la semence humaine, car (dit-il) ce qui n'est ni aqueux ni improlifique ne peut pas se convertir en glace 23; ce qui ne doit sans doute pas être pris au sens strict mais seulement en ce qui concerne le germe et les particules contenant des esprits vitaux car j'ai remarqué que les oeufs peuvent geler dans leur partie albumineuse. Et c'est à partir de cette notion que Paracelse, dans son Archidoxis 24, extrait le magistère du vin; après quatre mois de digestion dans le fumier de cheval, il l'expose à un froid extrême, après quoi les parties aqueuses gèleront mais l'Esprit se retirera et subsistera non congelé au centre.
       Cependant, ce serait une vaste entreprise que de savoir si cette congélation est simplement produite par le froid ou également grâce à la coopération de tout coagulum nitreux, ou si l'esprit de Sel en est le principe de concrétion; car nous observons qu'avec du Sel et de la Neige on peut faire de la Glace auprès du feu; ce que l'on observe aussi quand la Glace est faite avec du Salpêtre et de l'eau bien mélangés et fortement agités, quelle que soit l'époque de l'année. Ce qui nous permettrait alors d'expliquer la génération de la Neige, de la grêle et des gelées blanches, les facultés pénétrantes de certains vents, la froideur des grottes et de certaines cellules. Nous pourrions bien mieux comprendre de quelle façon le Salpêtre fixe les esprits volatils des Minéraux dans les préparations chimiques et comment, du fait de cette faculté de congélation, il devient un médicament utile dans les cas de Fièvres.
       D'autre part, ces différences de concrétion peuvent se déduire de leur dissolution, laquelle peut s'effectuer de nombreuses façons pour la Glace alors qu'elles sont peu nombreuses pour le Cristal. En effet, les causes de la liquation sont à l'opposé de celles de la concrétion et, tout comme les atomes et les parties indivisibles sont unis, ils sont disjoints de manière contraire. Ce qui a été concrété par exsiccation ou expression de l'humidité sera résolu par l'humectation, comme pour la terre, la poussière et l'argile; tout ce qui, comme le sel et le sucre, a été coagulé par une forte siccité retournera à une colliquation au contact d'une humidité aqueuse, car ces corps sont aisément solubles dans l'eau mais difficilement dans l'huile et dans l'esprits de vin correctement rectifiés. Un corps qui a été concrété par le froid se dissoudra dans une chaleur humide s'il contient des parties aqueuses, ce qui est le cas des Gommes - Arabiques, Adragantes, Ammoniaques et autres; dans de l'air chaud ou dans de l'huile, ce qui est le cas de tous les corps résineux, tels que la Térébenthine, la Poix et l'Encens; des corps gommeux résineux, tels que le Mastic, le Camphre et le Storax; ni dans l'un ni dans l'autre, ce qui est le cas des neutres et des corps anormaux, tels que le Bdellium, la Myrrhe et autres corps. Il faut pour certains corps une chaleur violente et sèche, il en est ainsi pour les métaux qui, bien qu'ils puissent être corrodés par l'eau, ne parviendront pas à la liquation même si une chaleur des plus puissantes leur est communiquée. Certains corps seront dissous par cette chaleur alors même que leurs ingrédients proviennent de la terre, par exemple le verre, fabriqué à partir de sable fin et de Kali, ou Fougère; et de la même façon le Sel fondra dans le feu, bien qu'il soit concrété par la chaleur. Et c'est de cette façon, quoique difficilement, que l'on pourra obtenir une liquation du Cristal; c'est-à-dire par calcination ou en le réduisant par l'Art en une poudre subtile; c'est ainsi, après avoir ajouté une commixtion vitreuse, que l'on fabrique parfois le verre, et c'est également ainsi surtout que l'on fabrique les gemmes artificielles et factices. Néanmoins, cette façon d'obtenir une solution est commune aussi à de nombreuses pierres, non seulement les Béryls et les Cornalines mais également les cailloux et les silex, qui sont sujets à la fusion et fondent dans le feu, comme le verre.
       La Glace, au contraire, fond quel que soit le type de chaleur, car elle est dissoute par le feu, elle fond dans l'eau ou dans l'huile chaude; et non seulement elle disparaît lorsqu'elle est exposée à une véritable chaleur mais elle ne supporte pas non plus la calidité potentielle de nombreuses eaux; car elle se dissout rapidement dans l'Aqua fortis froide, particulièrement l'eau de vitriol, de sel ou de tartre, et sa fixation ne résiste pas longtemps non plus à l'esprit de vin, comme on peut l'observer en y injectant de la Glace.
       De la même façon, la concrétion de la Glace ne supportera pas une attrition sèche sans liquation; car si on la frotte longuement avec un tissu sec, elle fond, tandis que le Cristal se réchauffe et produit de l'électricité, c'est-à-dire qu'il aura le pouvoir d'attirer une paille ou un corps léger, et il fera tourner une aiguille libre de mouvement; il s'agit là de la manifestation de parties extrêmement différentes, mais nous ne nous étendrons pas davantage, car nous avons déjà mentionné de tels corps dans le Chap. sur les Corps Électriques.
       La Glace et le Cristal peuvent être différenciés par supernatation, c'est-à-dire leur capacité à flotter sur l'eau, car, étant donné que le Cristal porte dans sa masse propre davantage de pondérosité que le volume d'eau qu'il occupe, il s'enfoncera dans l'eau et ne surnagera donc que sur du métal fondu et du Vif-argent. Tandis que la Glace surnagera sur l'eau quelle que soit la densité de cette dernière; et, bien qu'elle s'enfonce dans l'huile, elle flottera sur l'esprit de Vin ou Aqua vitae. Et en conséquence elle surnage sur l'eau, non seulement parce qu'elle est elle-même composée d'eau et dans son propre milieu, mais aussi parce qu'elle pèse un peu moins que l'eau qu'elle contient. Et en conséquence, de même qu'elle ne s'enfoncera pas jusqu'au fond, elle ne flottera pas non plus à la surface comme les corps plus légers, mais, étant d'une densité presque semblable, elle conservera une position superficielle ou presque horizontale dans ce liquide. Et en conséquence un morceau de Glace, exactement comme une congélation de sel ou de sucre, bien qu'il ne descende pas jusqu'au fond, s'amenuisera et s'enfoncera sous la surface dans de l'eau peu dense et bien davantage dans l'esprit de vin. Car la Glace, qui paraît pourtant aussi transparente et compacte que le Cristal, possède ces propriétés en moindre quantité, ses atomes ne sont pas concrétés en continuité, ce qui diminue considérablement sa translucidité; elle est aussi pleine de spumosités et de bulles, ce qui peut fort bien diminuer sa densité. Et il s'ensuit que, une fois dissoutes, les eaux qui ont gelé dans des Coupelles et dans des Verres ont souvent de la mousse et de l'écume à leur surface; lesquelles sont dues aux parties aérées diffusées dans le mélange congelable qui, s'étant unifiées et ne trouvant pas de passage à la surface, en augmentent le volume et font que la liqueur occupe davantage d'espace que précédemment: ce que l'on peut observer avec des Verres remplis d'eau, laquelle, une fois gelée, paraîtra enfler par-dessus le bord. De sorte que, si l'on affirme que, dans cette condensation, il y a aussi un peu de raréfaction, l'expérience permettra de le vérifier.
       La Glace et le Cristal peuvent être distingués dans la substance de leurs parties et les accidents de celles-ci, à savoir par la couleur et la figure; car la Glace est un corps similaire et une concrétion homogène dont la matière est à proprement parler l'eau et qui n'excède qu'accidentellement la simplicité de cet élément; tandis que le Cristal est un corps composé, que ses ingrédients sont nombreux, et qu'il contient sensiblement ces principes auxquels les corps mixtes sont réduits; car, outre l'esprit et le principe mercuriel, il contient du soufre ou partie inflammable et cela en une quantité qui n'est pas insignifiante; car, outre son attraction Électrique, laquelle est produite par un effluve sulfureux, on peut en tirer du feu par percussion comme c'est le cas pour de nombreuses autres pierres; et, après une collision avec de l'acier, il produira activement ses étincelles, presque autant que lorsqu'on frappe du silex. Il se trouve que les corps qui produisent du feu possèdent des parties sulfureuses ou inflammables, et ceux dont on tire les meilleures étincelles sont ceux qui en contiennent le plus. Car ces scintillations ne proviennent pas de l'ascension de l'air après la collision de deux corps durs mais plutôt des effluences inflammables ou étincelles vitrifiées qu'émettent les corps en collision. Car ni les diamants, ni les marbres, ni les héliotropes, ni les agates, bien qu'ils soient des corps durs, ne produisent facilement du feu lorsqu'on les frappe avec de l'acier et moins encore quand on les heurte les uns contre les autres; le silex non plus ne produit pas facilement du feu quand on le frappe avec une pièce d'acier lorsque les deux corps sont très mouillés, car les étincelles sont parfois éteintes pendant leur éruption.
       Le Cristal contient également un sel, et cela en assez grande quantité, ce qui peut provoquer sa fragilité, comme on peut l'observer dans le corail. Ce sel peut en être séparé grâce à l'art de la Chimie, selon les opérations auxquelles, de même que d'autres concrétions, il est exposé, telles que la calcination, la réverbération, la sublimation, la distillation: C'est à partir de la préparation du Cristal que Paracelse a établi une règle applicable à toutes les Gemmes *. En bref, il consiste en parties tellement éloignées d'une dissolution Glacée que de puissants menstrues sont nécessaires pour son émollition; de la sorte il peut recevoir la teinture des Minéraux et ainsi ressembler aux Gemmes, comme l'a déclaré Boèce de Boodt 25 pour la distillation de l'Urine, de l'esprit de vin et de la térébenthine; et il n'est pas seulement triturable et réductible à une poudre par broyage, mais il résiste également à un feu violent et permet la vitrification: attestant ainsi ses parties terreuses et fixes. Car la vitrification est l'ultime travail du feu, elle est une fusion du sel et de la terre, lesquels sont les éléments fixes de la composition; de cette façon le sel fusible attire la terre et la partie infusible en un seul continuum; sans produire en conséquence, là où est tiré le Sel, de cendres semblables aux cendres d'os préparées pour Éprouver les métaux. La fusion commune, pour les Métaux, se fait aussi grâce à une chaleur violente agissant sur les parties volatiles et fixes, sèches et humides de ces corps, lesquelles sont tellement unies que, après diminution de la chaleur, les parties humides ne s'évaporent pas mais liquéfient les parties fixes. Pour les cires et les corps huileux, la liquation ordinaire se réalise à l'aide d'un moindre degré de chaleur, ce qui rend difficile la séparation de l'huile et du sel, principes fixes et fluides: tout ce qui, que ce soit par vitrification, par fusion ou par liquation, est ramené de force à une consistance fluide retrouve naturellement son état antérieur de solidité. Tandis que la fonte de la Glace n'est qu'une simple résolution, ou retour d'un état solide à un état fluide, qui est sa forme naturelle.
       Quant à la couleur, bien que, sous sa forme pellucide, le cristal ne semble en avoir aucune, lorsqu'il a été réduit en poudre, il possède un voile et une ombre de bleu, tandis que les grains les plus grossiers sont d'une teinte plus sombre que la poudre de verre de Venise, apparence qu'il conserve, même s'il est placé dans le feu pendant longtemps. Ce qui ne devrait cependant pas nous inciter à l'étonnement, car les corps vitrifiés et pellucides sont d'une apparence plus claire dans leur continuité que lors de leur division en fragments pulvérulents et Minuscules. Ainsi le Stibium ou verre d'Antimoine est d'une apparence un peu rouge sous forme de verre, alors qu'il est jaune une fois réduit en poudre; ainsi le verre teint d'un rouge sanguin, une fois pulvérisé, ne dépassera pas la couleur de la mûre.
       Quant à la figure du cristal (laquelle est fort étrange, au point que Pline était au désespoir de jamais pouvoir la déterminer 26), elle est le plus souvent hexagonale ou à six sommets, étant construite à partir d'une matière confuse, d'où, comme d'une racine, surgissent des figures angulaires semblables à celles de l'Améthyste et des Basaltes. Figuration régulière qui a fait penser à certains qu'elle n'est ni déterminée par sa circonscription, ni conforme aux contiguïtés mais plutôt qu'elle provient d'une racine séminale et d'un principe de formation qui lui est propre, comme nous pouvons l'observer dans diverses autres concrétions. Ainsi les pierres que l'on trouve parfois dans le fiel humain sont le plus souvent triangulaires et pyramidales, bien que la figure de cette partie ne paraisse pas y concourir. Ainsi l'Asteria ou Lapis Stellaris 27 contient la figure d'une Étoile, ainsi Lapis Judaicus 28 possède des lignes circulaires et équidistantes tout le long de son corps, comme si elles avaient été produites au tour par l'Art. Ainsi en va-t-il de ce que nous appelons Pierre de fée *, que l'on trouve souvent chez nous dans les carrières de gravier *; celle-ci possède une figure hémisphérique, et cinq lignes doubles provenant du centre de sa base, lesquelles, si elles ne sont pas dérangées par des accrétions, se rejoignent le plus souvent et se croisent à l'autre pôle. Les figures sont régulières dans de nombreuses autres pierres, telles que les Bélemnites, Lapis anguinus 29, Cornu Ammonis 30 et bien d'autres encore, ce que toute personne qui n'en a pas l'expérience comprendra en observant les figures dessinées par les Minéralogistes. Mais la Glace obtient sa figure en fonction soit de la surface sur laquelle elle se concrétise soit de l'ambiance qui lui donne sa forme. De sorte que cette figure est plane à la surface de l'eau, mais sphérique pour la grêle (elle aussi une glaciation) et figurée lors de sa descente goutteleuse dans l'air, donc plus ou moins grande selon l'accrétion ou congélation pluvieuse autour de la mère et des Atomes fondamentaux de celle-ci; lesquels semblent être des particules plumeuses de Neige, bien que la Neige elle-même soit sexangulaire, ou du moins qu'elle ait une figure étoilée et possède plusieurs pointes.
       Ils se différencient aussi en fonction du lieu de leur génération; car, bien que l'on trouve du Cristal dans les pays froids où la Glace perdure longtemps et où l'air est extrêmement froid, on en trouve également dans des régions où la Glace existe rarement et où elle fond rapidement, comme le décrivent Pline 31 et Agricola à propos de Chypre, de Caramania 32 et d'une Île de la mer Rouge; on en trouve aussi dans les veines des Minéraux, parfois agglutiné au plomb, parfois dans des Roches, des pierres opaques, ainsi que dans le visage de marbre d'Octavio, duc de Parme *. On en trouve également dans des veines continues, comme, entre autres, celles du mont Salvino, dans le Territoire de Bergame, où, si l'on en prend un morceau, en peu de temps, au même endroit, comme de sa matrice minérale, on verra apparaître d'autres morceaux. Ce qui permit à l'érudit Cerutus de conclure, Fideant hi an sit glacies, an vero corpus fossile *. On en trouve également dans les veines des Minéraux, dans les roches et parfois dans la terre ordinaire. Quant à la Glace, elle ne se solidifie aisément qu'au contact de l'air, comme nous en avons fait l'expérience à l'aide d'eau mise dans un verre et recouverte d'un pouce d'huile, cette eau ne gèle pas facilement au cours des fortes gelées de notre climat; En effet, le plus souvent l'eau se solidifie d'abord à sa surface et gèle ensuite vers le bas, et il en sera ainsi, même lorsqu'elle est exposée dans le plus froid métal de plomb; ce qui s'accorde très bien avec la phrase de Job, Les eaux se durcissent comme la pierre, et la surface de l'abîme se presse et devient solide *. Quant à savoir si l'eau qui a été bouillie ou chauffée vient à se congeler plus rapidement, ce qui est l'opinion la plus courante, nous nous fions à l'expérience menée par Cabeo, lequel a rejeté cette opinion dans son excellent traité sur les Météores 33.
       Leurs caractéristiques élémentaires et leurs usages médicinaux sont contraires; car la Glace, ayant les caractéristiques de l'eau, est froide et humide, tandis que le Cristal est froid et sec, selon les caractéristiques de la terre; l'utilisation de la Glace est condamnée par la plupart des Médecins, celle du Cristal recommandée par un grand nombre d'entre eux. Car, bien que Dioscoride et Galien ne le mentionnent pas, Mattioli, Agricola et beaucoup d'autres auteurs en ont fait l'éloge dans les cas de dysenteries et de flux, tous les auteurs pour faire venir davantage de lait aux nourrices, la plupart des Chimistes contre les calculs et certains, comme Brasavola 34 et Boèce de Boodt 35, comme un antidote contre le poison: opérations occultes et spécifiques qu'on ne peut pas attendre de la Glace; qui, n'étant rien d'autre que de l'eau gelée, ne pourra jamais acquérir ces qualités; il n'est pas non plus raisonnable de penser qu'elle aurait des propriétés secrètes, lesquelles sont les attributs de la forme et des compositions à distance de ses éléments.
       Ayant ainsi énoncé ce que le Cristal n'est pas, il serait sans doute satisfaisant d'exprimer ce qu'il est. Donc d'expliquer de quoi il est constitué, selon le jugement des Auteurs reconnus et de la plus fine raison: c'est un corps minéral appartenant à la catégorie des pierres, que certains mettent même dans la subdivision qui comprend les gemmes; transparentes et ressemblant au Verre ou à la Glace, produites par une percolation visqueuse de particules terreuses, tirées de leur suc le plus pur et le plus limpide, dû à quelque coopération ou coadjuvance de la froideur de la terre, quoique sans détermination immédiate ni efficacité, laquelle se faisant à partir de son esprit concrétif, des semences de pétrification et de Gorgone qu'elle contient, ainsi que les Philosophes les plus sensés l'ont compris à propos de la génération de Diamants, d'Iris, de Béryls. Lesquels ne proviennent ni de glaçons ni de simples substances aqueuses et congelables qui auraient été condensées en solides par les gelées, ce qu'il serait vain d'attendre même de congélations Polaires, mais des particules terreuses les plus ténues et fines, si bien contempérées et résolues que la transparence n'en est pas altérée, et contenant des esprits lapidifiques capables d'assurer leur solidité malgré l'opposition de leurs contraires externes, ce qui produit une différence importante entre les liens de la glaciation, lesquels, dans les montagnes de Glace que l'on trouve dans les Mers du Nord, sont aisément dissous par la chaleur ordinaire du Soleil; et la plus grande finesse des ligatures de la pétrification qui fait que non seulement les concrétions les plus dures des Diamants et des Saphirs, mais aussi les veines plus tendres du Cristal restent indissolubles dans les territoires torrides et le pays Nègre du Congo.
       Et en conséquence je crains que nous ne considérions les éléments souterrains selon une contemplation qui ne respecte pas suffisamment la création. Car, bien que Moïse n'ait laissé aucune mention concernant les minéraux, ni aucune autre description que celles qui s'accordaient à la Création visible et apparente, il existe néanmoins une très large Classe de créatures de la terre qui sont bien supérieures à un état élémentaire, et, bien qu'elles ne possèdent pas un type de vitalité distinct et indiscutable ou qui corresponde en tous points aux propriétés et caractéristiques des plantes, elles possèdent néanmoins, comme ces dernières, mais en fonction de constitutions inférieures et décroissantes, des spécificités, et elles sont déterminées par des séminalités, c'est-à-dire des semences créées et définies disposées dans la terre depuis le tout début. Ce en quoi, bien que n'atteignant pas les conditions nécessaires de l'Animation, elles possèdent une affinité qui les en rapproche. S'il est vrai que nous n'avons pas de nom adéquat ni d'expression pour les définir, ne sont-elles pas englobées dans le terme général de concrétion, ou encore omises comme n'étant que des mixtions Élémentaires et Souterraines?
       La caractéristique principale du Cristal, qui le rapproche le plus des gemmes, est la Translucidité; quant au rayonnement ou au scintillement que l'on retrouve dans de nombreuses gemmes, il n'est pas possible de les trouver dans le Cristal, car il est loin d'avoir leur dureté ou leur compacticité; il n'est donc pas nécessaire d'utiliser l'Émeri, comme pour le Saphir, le Grenat et le Topaze, mais on peut le marquer avec l'acier, un peu comme dans le cas de la Turquoise. Quant à sa diaphanéité ou perspicuïté, il en est éminemment bien pourvu, et la raison de cela en est sa continuité, du fait que ses parties terreuses et salines sont constituées avec tant de précision que son corps ne contient pas de pores et n'est pas disjoint par des terminaisons atomiques. Car c'est cette continuité des parties qui est cause de la perspicuïté; deux expériences peuvent démontrer cette qualité. C'est-à-dire que la transparence peut être obtenue dans des corps qui ne l'étaient pas auparavant, ou du moins qui l'étaient bien moins que la transparence qui leur a été apportée; ainsi la neige devient transparente après liquation, de même la corne et les corps animaux peuvent être transformés en parties continues ou en gelée. On observe la même chose avec le papier huilé: les divisions interstitielles prennent un aspect continu après l'addition d'huile, il devient plus transparent et il admet les rayons visibles avec bien moins d'ombrosité. Le même effet peut également être obtenu en rendant opaques les corps qui étaient auparavant pellucides et capables de perspicuïté. Ainsi le verre, qui était auparavant diaphane, et qui se transforme, une fois réduit en poudre, en une multiplicité de facettes, devient un corps opaque et ne laisse plus passer la lumière; il en va de même du cristal pulvérulent, qui l'avait été auparavant, car s'il est chauffé dans un creuset et s'il est alors jeté dans l'eau, il s'assombrit et sa diaphanéité diminue, car l'eau, en pénétrant le corps, ayant produit une division de ses parties qui interrompt l'union des Atomes formant précédemment une unité.
       Le fondement de cette opinion commune peut provenir des conclusions tirées par certains hommes à partir de leur expérience, du fait que le Cristal se trouve parfois dans les rochers et dans quelques endroits qui ne sont pas sans ressembler un peu aux dépendances stirieuses 36 et stilicides de la Glace; il peut cependant également se trouver dans des endroits qui ont été soit abandonnés, soit dénudés de toute terre, mais il peut aussi s'agir de pétrifications ou d'indurations Minérales, comme c'est le cas pour d'autres gemmes qui sont dues aux percolations de la terre lorsqu'elles forment de telles concrétions.
       Le second fondement, le plus commun, est dû au mot Cristalus, par lequel la langue grecque exprimait à la fois la Glace et le Cristal, et de nombreuses personnes qui n'y ont pas sérieusement réfléchi ont imaginé une communauté de nature du fait de la communauté de nom, et ce qui était attribué à l'un n'était pas complètement inapplicable à l'autre. Mais c'est une erreur d'Équivocation que d'inférer une Identité de nature à partir d'une communauté de nom. C'est cette même erreur qui trompa l'homme qui but de l'Aqua fortis en pensant boire une eau forte; de même se trompent ceux qui pensent que sperma Coeti, qui se trouve dans la tête de la Baleine, en est le frai, ou qui identifient sanguis draconis (qui est la gomme d'un arbre) comme étant le sang d'un Dragon. La même Logique pourrait nous faire inférer que l'humeur Cristalline de l'oeil, ou plutôt le ciel Cristallin au-dessus de nous, est de la même substance que le Cristal ici-bas; ou que Dieu fait tomber sur nous du Cristal parce que c'est ce que dit la traduction du Psaume 147 dans la Vulgate, mittit Cristallum suum sicut Buccellas; et, bien que cette traduction exprime littéralement la Septuaginte, il n'y a pas là davantage à exprimer que ce que notre traduction en anglais simple exprime, à savoir, il envoie sa glace divisée en une infinité de parties, ou encore ce que nous apporte tout aussi clairement la traduction de Tremellius et Junius: Dejicit gelu suum sicut frusta, coram frigore ejus quis consistet 37? Si ces expressions latines correctes avaient été suivies dans les anciennes traductions, les Interprètes d'autrefois n'auraient pas été induits en erreur par la Synonymie *; Augustin, la Glose, Nicholas de Lyra 38 et bien d'autres encore n'auraient pas repris la notion vulgaire et n'auraient pas parlé tranquillement de ce texte en en donnant une opinion qu'il aurait fallu rejeter.

1       [xxxvii. 9, 23: "Crystallum fecit, gelu vehementiore concreto." "Le cristal devient plus solide que la glace."] >

2       [Questions naturelles, III, xxv, 12.] >

3       [Carmina minora, 33-38 (56-61).] >

4       [Exotericae exercitationes, cxix. 1.] >

5       [De mineralibus, II, ii, 3.] >

6       [Aphorismos Hippocratis et Galeni, v, 24.] >

7       [Basile de Césarée, Homélies sur l'Hexaemeron, iii, 4.] >

8       [Isidore de Séville, Etymologiae, XVI, xiii, 1.] >

9       [Sermons, 147.] >

10      [Homélies (Ézéchiel), i, 7.] >

11       [Ézéchielem, 1.] >

12       [1:22.] >

13       [En fait, II, lii, 2.] >

14       [Ludovico Richieri, Lectiones antiquae, I, 10.] >

15       ["Le cristal est une pierre formée d'eau pure, non pas par l'action du froid mais par celle de la chaleur divine." Exercitationes Plinianae, I, 62.] >

16       ["On prétend que la glace, en se condensant, produit le cristal, mais c'est une erreur." Polyhistor, XVI.] >

17       [6.] >

18       [Subtilités, 7.] >

19       [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, ii, 73.] >

20       [Bernardo Cesi, Mineralogia, sive naturalis philosophiae thesauri, (pp. 427 ff).] >

21       [Daniel Sennert, De chymicorum cum Aristotelicis et Galencis consensu ac dissensu liber, II.] >

22        [Eau-forte, ou acide nitrique.] >

23       [Cf. Météorologiques, IV, 10.] >

24       [6.] >

*       Paracelse: De praeparationibus [i, 3]. >

25       [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, i, 20.] >

26       [XXVI, 9 (26).] >

27       [Astéries ou pierres étoilées, selon Pline. Soit un saphir soit un madrépore pétrifié (astroïte).] >

28       [Pierre judaïque, fossile d'un gros oursin trouvé en Syrie et utilisé pour dissoudre les calculs biliaires.] >

*       Laquelle semble être Echinites decima Aldrovandi. Le Musée métallique, Liv. 4, [1]. Mais plutôt Echinometrites, car elle ressemble davantage aux Echinometra [hérissons de mer] que l'on trouve souvent sur nos rivages. >

*       Dans les carrières de pierres et les mines de craie. >

29       [Ou pierre serpentine.] >

30       [Corne d'Ammon, ammonite.] >

31       [XXXVII, 9 (23 & sq.)] >

32       [Sultanat d'Asie Mineure, aujourd'hui en Turquie.] >

*       Où le Sculpteur trouva un morceau de Cristal pur [1524-1586]. >

*       [Ils pensent qu'il s'agit de glace, alors qu'en fait c'est un corps fossile.] [Benedetto Ceruti et Andrea Chiocco], Museum Francisci Calceolarii, [3]. >

*       Chap. 38[:30]. >

33       [Niccolò Cabeo (1586-1650), In quatuor libros meteorologicorum Aristotelis commentaria (1646), i, 324.] >

34       [Examen omnium simplicium medicamentorum, 1537, p. 441.] >

35       [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, p. 223.] >

36       [De stiria, goutte congelée.] >

37       [Bible latine (1590) ; "Il lança sa glace en morceaux, qui peut résister devant son froid?"] >

*       Accord en nom. >

38       [Biblia sacra, cum interpretationibus, et postillis.] >


 

Traduit de l'anglais par B. Hoepffner