Si la Vérité
nous en donnait dispense, nous pourrions nous contenter de dire,
avec Platon, que la connaissance n'est que Souvenir 1;
que l'Acquisition intellectuelle n'est qu'Évocation réminiscente
et que des Impressions nouvelles colorent simplement d'anciennes
et pâles empreintes estampillées sur l'âme.
Car, pire encore, la connaissance s'obtient par l'oubli et, afin
d'acquérir un corpus clair et acceptable de Vérité,
il nous faut oublier une grande partie de ce que nous savons et
nous en détacher. Notre délicat Examen, touchant
à la Science dans sa totalité, récolte des
concepts, dont certains sont vrais et avérés, mais
dont beaucoup ne satisfont en rien notre jugement critique. Il
s'ensuit que dans cette Encyclopédie et cette ronde
de la connaissance, semblables aux grandes et exemplaires roues
des cieux, nous devons nous préoccuper de deux Cercles
car, tandis que nous sommes quotidiennement transporté
par le mouvement de l'un d'eux et que nous sommes emporté
par son tourbillon, il nous faut maintenir une allure naturelle
et correcte sur la roue lente et modérée de l'autre.
Et nous y parviendrons d'autant plus aisément si nous examinons
immédiatement notre savoir; en écartant avec impartialité
ces usurpations que la docilité juvénile et la crédulité
populaire ont acceptées. Ce pourquoi nous nous sommes efforcé
présentement de rédiger un long et sérieux
Adviso dans lequel non seulement nous proposons une Liste
vaste et copieuse mais nous tentons de mettre ces jugements en
doute à partir de l'expérience et de la raison.
Et tout d'abord nous
implorons grandement pardon pour l'audace de cette Tentative,
car nous reconnaissons humblement qu'un travail aussi important
et d'une telle difficulté concernant la vérité
eût bien mérité la conjonction de plusieurs
têtes; et il eût certainement été plus
avantageux pour la Vérité d'avoir été
l'objet des efforts d'une association d'initiateurs, lesquels
seraient restés plus fidèles à la nature
et auraient ainsi apporté leur autorité à
l'entreprise: ce à quoi nous ne pouvons prétendre
vu la solitude de notre condition et nos moindres capacités.
Ce qui toutefois ne nous a pas détourné de notre
tâche, et nos tentatives solitaires ne nous ont pas découragé
au point de désespérer de voir le regard favorable
de la science se poser sur nos efforts solitaires et isolés.
Nous n'avons pas non
plus laissé tomber notre plume par découragement
devant la contradiction et l'incrédulité, ainsi
que devant la difficulté qu'il y a à éliminer
des croyances bien établies et des grands préceptes,
quoique nous soyons très conscient de l'autorité
que confèrent les années d'enseignement, des racines
que le grand âge transforme en erreurs et du fait que les
Glands ayant germé sur notre front juvénile deviennent
des Chênes sur une tête âgée, lesquels
refusent de se courber devant le bras plus puissant de la raison.
Pourtant nous n'avons pas manqué de remarquer comment certains
ont vu leurs diverses rédemptions de la vérité
accueillies avec froideur, comment leurs examens généreux
ont été rejetés et leurs particularités
critiquées et calomniées.
Nous espérons
que la pratique de notre Profession nous vaudra quelque égard,
laquelle, bien qu'elle nous mène à de nombreuses
vérités que d'autres personnes ne pourraient pas
discerner, en contrarie cependant la divulgation et interrompt
fréquemment l'usage de notre plume lorsque nous tentons
de les transmettre: il s'ensuit donc que dans cette uvre les tentatives
seront bien plus fréquentes que les prouesses, car elle
a été composée à temps perdu, lorsque
la médecine nous en laissait le loisir et lorsque les vains
aléas de l'Uroscopie * nous y autorisaient. Et c'est pour cette
même raison qu'elle ne possède sans doute pas ce
style régulier et constant, ces expériences infaillibles
et ces conclusions étayées que le sujet réclame
parfois et qu'on attendrait naturellement de ceux à qui
leurs portes tranquilles et leurs heures paisibles évitent
de telles distractions. Toutefois, quiconque évaluera impartialement
l'immense difficulté rencontrée par l'Attempteur,
soit du fait de l'obscurité du sujet, soit du fait de l'inévitable
paradoxologie, discernera aisément qu'une tâche de
cette nature ne peut pas s'accomplir au pied levé 2
et ne peut que sentir l'huile 3 si l'on s'en acquitte dûment et
à bon droit.
Nos premières
intentions concernant le sujet commun de la Vérité
nous avaient déterminé à l'offrir à
la République latine et aux juges équitables d'Europe
mais, comme nous devions ce service tout d'abord à notre
Pays et, en celui-ci, tout particulièrement à nos
Gentilshommes de bon lignage, nous avons pris le parti d'un langage
plus adéquat. Bien qu'il me faille avouer que la spécificité
du Sujet nous entraînera parfois à utiliser des expressions
qui dépassent de loin la simple compréhension de
l'anglais; il est vrai d'ailleurs que, si l'élégance
continue à faire école et si les Plumes anglaises
maintiennent ce flot que nous avons récemment vu couler
de nombre d'entre elles, dans quelques années il nous faudra
apprendre le latin pour comprendre l'anglais, et bientôt
il sera aussi facile de comprendre une uvre dans les deux langues.
Nous n'avons pas non plus adressé notre plume ou notre
style au vulgaire (qui n'est pas amendé par les Livres
et qu'il est impossible de convertir de cette façon) mais
aux plus intelligentes et importantes des personnes de Sciences;
car nous comprenons bien (en tout cas nous l'espérons tout
du moins) que si elles ne sont pas arrosées par les hautes
sphères et les météores 4 fructueux
de la connaissance, ces herbes perdront nécessairement
leur sève nourrissante et dépériront d'elles-mêmes;
et si nos efforts pouvaient contribuer à les faire perdurer,
nous pourrions abandonner le reste à la faux du temps et
à la suprématie espérée de la vérité.
Nous espérons
qu'il ne nous sera pas reproché de n'avoir devant nous
dans ce Labyrinthe ni chemin tout tracé ni manuduction
constante; car il nous faudra souvent nous avancer dans l'Amérique,
c'est-à-dire dans les sentiers inexplorés de la
vérité; car, bien qu'il y a peu d'années
encore le Dr Primrose ait rédigé un docte Traité
sur les Erreurs vulgaires en Médecine 5,
nous n'avons examiné que deux ou trois d'entre elles. Scipion
Mercurio nous a également donné un excellent Traité
en italien 6 au sujet des Erreurs populaires, mais
il s'est limité à celles qui ne concernaient que
la Médecine et a peu contribué à notre Doctrine
dans sa globalité. Le livre de Laurentinus Jubertus portant
le même Titre 7, nous a laissé espérer
que nous trouverions chez lui un grand secours; cependant il ne
nous a malgré tout rien apporté, car son contenu
ne correspondait que très peu à cette inscription.
Et cet ancien livre d'Andreas ayant prétendument le même
titre * ne nous apporterait sans doute pas davantage
d'Aide (si nous en attendions). Nous sommes ainsi contraint à
ne nous en remettre qu'à nous-même face à
la puissance de l'opinion et à nous confronter au Goliath
et au Géant de l'Autorité avec de pitoyables cailloux
et de faibles arguments tirés de la besace et des maigres
ressources de notre personne 8. D'ailleurs c'est à peine si nous
avons mentionné quelques Auteurs que nous n'honorons pas
et, si le dénigrement nous sollicitait, la discrétion
viendrait certainement nous interdire toute intention dépréciatrice
là où les plus grandes Plumes et la plus amicale
éloquence ne sont pas parvenues à mériter
des éloges.
Et, des esprits raisonnables,
nous ne pouvons donc qu'espérer considération impartiale
et candeur. Nous ne nous attendons pas à susciter ici le
courroux de la Théologie et ceux qui soutiennent
l'état présent des choses et les controverses sur
des points de Théologie depuis longtemps établis
ne voudront pas condamner nos prudents examens concernant les
propriétés douteuses des Arts et les Idées
reçues de la Philosophie. Les Philologues et les Orateurs
Critiques, lesquels ne s'arrêtent ni à la surface
ni à l'apparence immédiate des choses, ne s'irriteront
certainement pas de nos explorations plus bornées que les
leurs. Nous ne doutons pas non plus que nos Frères en Médecine
(que leur connaissance des réalités naturelles incitera
à une meilleure appréhension de beaucoup des choses
énoncées) accueilleront amicalement nos efforts,
même s'ils ne les défendent pas. Et il ne nous est
pas davantage possible de concevoir que nos efforts seront mal
accueillis par ces illustres Notables qui s'évertuent à
faire avancer la Science 9; car celle-ci progressera sans doute
plus facilement une fois qu'un si grand nombre d'obstacles aura
été surmonté et que beaucoup de contrevérités,
toutes ces choses que les croyances populaires font passer pour
des principes et qui troublent la tranquillité des Axiomes
qui sinon pourraient être proposés, auront été
éliminées. Et les sages ne sont pas sans savoir
que les Arts et la Science ont besoin de cette expurgation et
si la marche de la vérité est laissée à
son propre cours, comme celle du Temps et des computations non
corrigées, elle ne pourra échapper à de nombreuses
erreurs que la durée ne fait qu'accroître.
Pour finir, nous ne
soutenons pas d'opinions Magistrales et nous n'imposons pas nos
conceptions de manière Dictatoriale, mais, dans l'humilité
des Examens ou disquisitions, nous n'avons rien fait d'autre que
de les proposer à des discriminateurs plus avisés.
Il s'ensuit donc que chacun est libre de ses opinions et tous
peuvent penser ou déclarer une opinion contraire. Et nous
irons jusqu'à encourager la contradiction en promettant
de ne pas opposer d'objection ou de contestation à toute
Plume qui viendra nous réfuter Fallacieusement ou captieusement,
qui se saisira seulement de nos fautes, qui choisira des digressions,
des Corollaires ou des conceptions ornementales afin de prouver
que les siens sont des vérités impartiales. Et nous
ne nous préoccuperons que de ceux dont la Connaissance
judicieuse et expérimentale viendra solennellement examiner
ceci, non seulement pour détruire une partie de notre travail
mais pour établir le leur, non pas pour diffamer et accabler,
mais pour expliquer et dilucider, pour ajouter et enrichir, selon
la coutume estimable des Anciens dans leur promotion avisée
de la Science. Et, nonobstant, nous ne répondrons pas à
ceux-là avec aigreur ou dans un souci de justifier notre
travail, mais nous les applaudirons et confirmerons leurs assertions
plus élaborées; nous attribuerons également
ce qui est en nous à leur nom et à leur honneur.
Prêt à être avalé par tout propagateur
plus digne que nous, dans la mesure où nous aurons atteint
notre but si, d'une façon ou d'une autre, sous un nom ou
sous un autre, nous pouvons parvenir à réunir une
telle somme, désirable et qui néanmoins n'a pas
fini d'être désirée, concernant la Vérité.
THOMAS BROWNE
Lecteurs,
Afin de vous informer des Avantages de la présente Édition,
et de désabuser vos attentes de toute Amplification future;
ces mots sont là pour vous prévenir que, du début
à la fin, cette Édition a été composée
avec un très grand nombre d'Explications, d'Additions et
d'Altérations, outre celle d'un Chapitre tout entier; mais
à présent que cette Oeuvre est complète et
parfaite ne vous attendez pas à d'autres Additions
1 [Phédon, 73 e-f ; Ménon, 81 c.] >
* Inspection des Urines. >
2 [Allusion au vers d'Horace, Satires, I, IV, 9.] >
3 [Voir Plutarque, Vies, "Démosthènes ", VIII, 4 ; il s'agit de l'huile des lampes qui éclairaient aussi bien Thomas Browne que ses lecteurs.] >
4 [Au sens de phénomènes atmosphériques.] >
5 [James Primrose, De vulgi in medicina erroribus.] >
6 [Girolamo Scipione Mercurio, De gli errori popolari d'Italia.] >
7 [Erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé, 1578; Browne parle de la traduction latine incomplète de 1600.] >
* Peri twn yeudwV pepioteumenwn, Athenæi, Liv. 7. >
8 [Voir 1 Samuel, 17:40.] >
9 [Voir Robert Burton, Anatomie de la mélancolie, II, ii, 4, 1.] >
_________________________________________________________
Depuis toujours,
et encore aujourd'hui parmi nous, selon l'opinion commune, le
Cristal n'est rien d'autre que de la Glace ou de la Neige concrétée
qui, du fait de la durée du temps, a été
congelée au point de ne plus pouvoir subir de liquation.
Assertion que, si la prescription du temps et le grand nombre
des Asserteurs le démontraient suffisamment, nous pourrions
alors poser comme étant une vérité indubitable;
point besoin alors de disquisitions ultérieures.
Car il existe peu d'opinions qui se soient acquis autant de partisans
ou qui aient été reçues avec autant de popularité,
dans toutes les professions et à toutes les époques.
C'est avec conviction que Pline affirme cette opinion: Crystallus
fit gelu vehementius concreto 1; il est suivi par Sénèque 2,
et par Claudien qui le fait avec élégance 3,
elle n'est pas niée par Scaliger 4,
elle est en grande partie soutenue par Albert le Grand 5,
Brasavola 6, et complètement par nombre d'autres
auteurs. Les vénérables Pères de l'Église
y ont eux aussi adhéré; Basile dans son Hexameron 7,
Isidore dans ses Étymologies 8,
et non seulement Augustin 9, Père de l'Église latine,
mais également Grégoire le Grand 10
et Jérôme 11 à l'occasion de l'emploi de ce
mot dans le premier chapitre d'Ézéchiel 12.
En dépit de tout
cela, un strict examen du sujet nous fait avancer que cette opinion
est controversable et qu'elle est niée avec bien davantage
de raison qu'on ne l'a affirmé jusqu'à présent.
Car, si de nombreux Auteurs l'ont soutenue par des affirmations
crédules, beaucoup d'autres l'ont niée, et les Minéralogistes
les plus rigoureux l'ont rejetée. Diodore la rejette dans
son onzième livre 13, À condition que le Cristal soit
ici entendu dans son acception correcte, comme c'est le cas pour
Rhodoginus 14 et qu'il ne soit pas confondu avec le
Diamant, comme l'a compris Saumaise; car à cet égard
il affirme: Crystallum esse lapidem ex aqua pura concretum,
non tamen frigore sed divini caloris vi 15.
Solinus, qui n'a fait que transcrire Pline et a donc presque toujours
souscrit à ses affirmations, est en désaccord avec
lui sur ce sujet: Putant quidam glaciem coire, & in Crystallum
corporari, sed frustra 16. C'est avec assurance que Mattioli, dans
ses Commentaires sur Dioscoride, a écarté
cette opinion. Il en va de même d'Agricola dans Sur la
nature des fossiles 17, de Cardan 18, de Boèce de Boodt 19,
de Caesius Bernardus 20, de Sennertus 21,
et de bien d'autres encore.
Or, indépendamment
des autorités qui soutiennent le contraire, un bon nombre
de raisons peuvent sans doute être déduites de toutes
les divergences qui paraissent rejeter cette opinion. Et tout
d'abord il existe sans doute une dissimilitude de concrétion.
Car si le Cristal est une pierre (ce qui, de l'avis de tous ceux
qui en ont parlé, est accepté), il n'est pas directement
concrété par l'intermédiaire du froid mais
plutôt par un esprit Minéral et par des principes
lapidifiques qui lui sont propres et, en conséquence, lorsqu'il
se trouvait in solutis principiis et était encore
un corps fluide, il était un sujet fort impropre pour une
conglaciation correcte; car les esprits Minéraux résistent
le plus souvent et s'y soumettent rarement. C'est ainsi que nous
observons que beaucoup de cours d'eau et de sources ne gèlent
jamais et que dans les rivières et les lacs, là
où se trouvent des éruptions Minérales, de
nombreux endroits restent libres de toute congélation;
ce que nous observons également pour l'Aqua fortis 22
ou tout autre solution Minérale, qu'il s'agisse de Vitriol,
d'Alun, de Salpêtre, d'Ammoniaque ou de Tartre; solutions
qui, bien que partiellement évaporées et placées
dans une Chambre froide, se Cristalliseront et produiront des
corps blancs et glacieux; il ne s'agit cependant pas d'une congélation
essentiellement effectuée par le froid mais d'une induration
intrinsèque sans cause externe et d'un retour à
l'état solide normal, lequel avait été absorbé
par la liqueur et s'était par-là même auparavant
perdu dans une imbibition complète. Et il en va de même
lorsque le bois et bien d'autres matériaux sont pétrifiés,
soit dans la mer, soit dans d'autres eaux, soit dans des terres
contenant de tels esprits; nous n'attribuons pas habituellement
leur induration au froid mais plutôt à des esprits
salins, des sucs concrétifs et à des causes circonjacentes
qui, de fait, assimilent tous les corps qui sont susceptibles
d'être assujettis à leur influence.
La Glace, au contraire,
n'est rien d'autre que de l'eau congelée par la frigidité
de l'air, ce par quoi elle n'acquiert pas de forme nouvelle mais
plutôt une consistance ou détermination de sa diffluence,
elle ne perd pas son essence mais son état de fluidité;
seule l'eau ou l'humidité aqueuse est réellement
capable de se transformer en glace; car la condition finale du
vif-argent est en réalité une fixation, celle du
lait une coagulation, et celle de l'huile ou de tout corps onctueux
n'est qu'un épaississement; C'est à partir de l'expérience
de la congélation qu'Aristote teste la fertilité
de la semence humaine, car (dit-il) ce qui n'est ni aqueux ni
improlifique ne peut pas se convertir en glace 23;
ce qui ne doit sans doute pas être pris au sens strict mais
seulement en ce qui concerne le germe et les particules contenant
des esprits vitaux car j'ai remarqué que les oeufs peuvent
geler dans leur partie albumineuse. Et c'est à partir de
cette notion que Paracelse, dans son Archidoxis 24,
extrait le magistère du vin; après quatre mois de
digestion dans le fumier de cheval, il l'expose à un froid
extrême, après quoi les parties aqueuses gèleront
mais l'Esprit se retirera et subsistera non congelé au
centre.
Cependant, ce serait
une vaste entreprise que de savoir si cette congélation
est simplement produite par le froid ou également grâce
à la coopération de tout coagulum nitreux, ou si
l'esprit de Sel en est le principe de concrétion; car nous
observons qu'avec du Sel et de la Neige on peut faire de la Glace
auprès du feu; ce que l'on observe aussi quand la Glace
est faite avec du Salpêtre et de l'eau bien mélangés
et fortement agités, quelle que soit l'époque de
l'année. Ce qui nous permettrait alors d'expliquer la génération
de la Neige, de la grêle et des gelées blanches,
les facultés pénétrantes de certains vents,
la froideur des grottes et de certaines cellules. Nous pourrions
bien mieux comprendre de quelle façon le Salpêtre
fixe les esprits volatils des Minéraux dans les préparations
chimiques et comment, du fait de cette faculté de congélation,
il devient un médicament utile dans les cas de Fièvres.
D'autre part, ces différences
de concrétion peuvent se déduire de leur dissolution,
laquelle peut s'effectuer de nombreuses façons pour la
Glace alors qu'elles sont peu nombreuses pour le Cristal. En effet,
les causes de la liquation sont à l'opposé de celles
de la concrétion et, tout comme les atomes et les parties
indivisibles sont unis, ils sont disjoints de manière contraire.
Ce qui a été concrété par exsiccation
ou expression de l'humidité sera résolu par l'humectation,
comme pour la terre, la poussière et l'argile; tout ce
qui, comme le sel et le sucre, a été coagulé
par une forte siccité retournera à une colliquation
au contact d'une humidité aqueuse, car ces corps sont aisément
solubles dans l'eau mais difficilement dans l'huile et dans l'esprits
de vin correctement rectifiés. Un corps qui a été
concrété par le froid se dissoudra dans une chaleur
humide s'il contient des parties aqueuses, ce qui est le cas des
Gommes - Arabiques, Adragantes, Ammoniaques et autres; dans de
l'air chaud ou dans de l'huile, ce qui est le cas de tous les
corps résineux, tels que la Térébenthine,
la Poix et l'Encens; des corps gommeux résineux, tels que
le Mastic, le Camphre et le Storax; ni dans l'un ni dans l'autre,
ce qui est le cas des neutres et des corps anormaux, tels que
le Bdellium, la Myrrhe et autres corps. Il faut pour certains
corps une chaleur violente et sèche, il en est ainsi pour
les métaux qui, bien qu'ils puissent être corrodés
par l'eau, ne parviendront pas à la liquation même
si une chaleur des plus puissantes leur est communiquée.
Certains corps seront dissous par cette chaleur alors même
que leurs ingrédients proviennent de la terre, par exemple
le verre, fabriqué à partir de sable fin et de Kali,
ou Fougère; et de la même façon le Sel fondra
dans le feu, bien qu'il soit concrété par la chaleur.
Et c'est de cette façon, quoique difficilement, que l'on
pourra obtenir une liquation du Cristal; c'est-à-dire par
calcination ou en le réduisant par l'Art en une poudre
subtile; c'est ainsi, après avoir ajouté une commixtion
vitreuse, que l'on fabrique parfois le verre, et c'est également
ainsi surtout que l'on fabrique les gemmes artificielles et factices.
Néanmoins, cette façon d'obtenir une solution est
commune aussi à de nombreuses pierres, non seulement les
Béryls et les Cornalines mais également les cailloux
et les silex, qui sont sujets à la fusion et fondent dans
le feu, comme le verre.
La Glace, au contraire,
fond quel que soit le type de chaleur, car elle est dissoute par
le feu, elle fond dans l'eau ou dans l'huile chaude; et non seulement
elle disparaît lorsqu'elle est exposée à une
véritable chaleur mais elle ne supporte pas non plus la
calidité potentielle de nombreuses eaux; car elle se dissout
rapidement dans l'Aqua fortis froide, particulièrement
l'eau de vitriol, de sel ou de tartre, et sa fixation ne résiste
pas longtemps non plus à l'esprit de vin, comme on peut
l'observer en y injectant de la Glace.
De la même façon,
la concrétion de la Glace ne supportera pas une attrition
sèche sans liquation; car si on la frotte longuement avec
un tissu sec, elle fond, tandis que le Cristal se réchauffe
et produit de l'électricité, c'est-à-dire
qu'il aura le pouvoir d'attirer une paille ou un corps léger,
et il fera tourner une aiguille libre de mouvement; il s'agit
là de la manifestation de parties extrêmement différentes,
mais nous ne nous étendrons pas davantage, car nous avons
déjà mentionné de tels corps dans le Chap.
sur les Corps Électriques.
La Glace et le Cristal
peuvent être différenciés par supernatation,
c'est-à-dire leur capacité à flotter sur
l'eau, car, étant donné que le Cristal porte dans
sa masse propre davantage de pondérosité que le
volume d'eau qu'il occupe, il s'enfoncera dans l'eau et ne surnagera
donc que sur du métal fondu et du Vif-argent. Tandis que
la Glace surnagera sur l'eau quelle que soit la densité
de cette dernière; et, bien qu'elle s'enfonce dans l'huile,
elle flottera sur l'esprit de Vin ou Aqua vitae. Et en
conséquence elle surnage sur l'eau, non seulement parce
qu'elle est elle-même composée d'eau et dans son
propre milieu, mais aussi parce qu'elle pèse un peu moins
que l'eau qu'elle contient. Et en conséquence, de même
qu'elle ne s'enfoncera pas jusqu'au fond, elle ne flottera pas
non plus à la surface comme les corps plus légers,
mais, étant d'une densité presque semblable, elle
conservera une position superficielle ou presque horizontale dans
ce liquide. Et en conséquence un morceau de Glace, exactement
comme une congélation de sel ou de sucre, bien qu'il ne
descende pas jusqu'au fond, s'amenuisera et s'enfoncera sous la
surface dans de l'eau peu dense et bien davantage dans l'esprit
de vin. Car la Glace, qui paraît pourtant aussi transparente
et compacte que le Cristal, possède ces propriétés
en moindre quantité, ses atomes ne sont pas concrétés
en continuité, ce qui diminue considérablement sa
translucidité; elle est aussi pleine de spumosités
et de bulles, ce qui peut fort bien diminuer sa densité.
Et il s'ensuit que, une fois dissoutes, les eaux qui ont gelé
dans des Coupelles et dans des Verres ont souvent de la mousse
et de l'écume à leur surface; lesquelles sont dues
aux parties aérées diffusées dans le mélange
congelable qui, s'étant unifiées et ne trouvant
pas de passage à la surface, en augmentent le volume et
font que la liqueur occupe davantage d'espace que précédemment:
ce que l'on peut observer avec des Verres remplis d'eau, laquelle,
une fois gelée, paraîtra enfler par-dessus le bord.
De sorte que, si l'on affirme que, dans cette condensation, il
y a aussi un peu de raréfaction, l'expérience permettra
de le vérifier.
La Glace et le Cristal
peuvent être distingués dans la substance de leurs
parties et les accidents de celles-ci, à savoir par la
couleur et la figure; car la Glace est un corps similaire et une
concrétion homogène dont la matière est à
proprement parler l'eau et qui n'excède qu'accidentellement
la simplicité de cet élément; tandis que
le Cristal est un corps composé, que ses ingrédients
sont nombreux, et qu'il contient sensiblement ces principes auxquels
les corps mixtes sont réduits; car, outre l'esprit et le
principe mercuriel, il contient du soufre ou partie inflammable
et cela en une quantité qui n'est pas insignifiante; car,
outre son attraction Électrique, laquelle est produite
par un effluve sulfureux, on peut en tirer du feu par percussion
comme c'est le cas pour de nombreuses autres pierres; et, après
une collision avec de l'acier, il produira activement ses étincelles,
presque autant que lorsqu'on frappe du silex. Il se trouve que
les corps qui produisent du feu possèdent des parties sulfureuses
ou inflammables, et ceux dont on tire les meilleures étincelles
sont ceux qui en contiennent le plus. Car ces scintillations ne
proviennent pas de l'ascension de l'air après la collision
de deux corps durs mais plutôt des effluences inflammables
ou étincelles vitrifiées qu'émettent les
corps en collision. Car ni les diamants, ni les marbres, ni les
héliotropes, ni les agates, bien qu'ils soient des corps
durs, ne produisent facilement du feu lorsqu'on les frappe avec
de l'acier et moins encore quand on les heurte les uns contre
les autres; le silex non plus ne produit pas facilement du feu
quand on le frappe avec une pièce d'acier lorsque les deux
corps sont très mouillés, car les étincelles
sont parfois éteintes pendant leur éruption.
Le Cristal contient
également un sel, et cela en assez grande quantité,
ce qui peut provoquer sa fragilité, comme on peut l'observer
dans le corail. Ce sel peut en être séparé
grâce à l'art de la Chimie, selon les opérations
auxquelles, de même que d'autres concrétions, il
est exposé, telles que la calcination, la réverbération,
la sublimation, la distillation: C'est à partir de la préparation
du Cristal que Paracelse a établi une règle applicable
à toutes les Gemmes *. En bref, il consiste en parties tellement
éloignées d'une dissolution Glacée que de
puissants menstrues sont nécessaires pour son émollition;
de la sorte il peut recevoir la teinture des Minéraux et
ainsi ressembler aux Gemmes, comme l'a déclaré Boèce
de Boodt 25 pour la distillation de l'Urine, de l'esprit
de vin et de la térébenthine; et il n'est pas seulement
triturable et réductible à une poudre par broyage,
mais il résiste également à un feu violent
et permet la vitrification: attestant ainsi ses parties terreuses
et fixes. Car la vitrification est l'ultime travail du feu, elle
est une fusion du sel et de la terre, lesquels sont les éléments
fixes de la composition; de cette façon le sel fusible
attire la terre et la partie infusible en un seul continuum; sans
produire en conséquence, là où est tiré
le Sel, de cendres semblables aux cendres d'os préparées
pour Éprouver les métaux. La fusion commune, pour
les Métaux, se fait aussi grâce à une chaleur
violente agissant sur les parties volatiles et fixes, sèches
et humides de ces corps, lesquelles sont tellement unies que,
après diminution de la chaleur, les parties humides ne
s'évaporent pas mais liquéfient les parties fixes.
Pour les cires et les corps huileux, la liquation ordinaire se
réalise à l'aide d'un moindre degré de chaleur,
ce qui rend difficile la séparation de l'huile et du sel,
principes fixes et fluides: tout ce qui, que ce soit par vitrification,
par fusion ou par liquation, est ramené de force à
une consistance fluide retrouve naturellement son état
antérieur de solidité. Tandis que la fonte de la
Glace n'est qu'une simple résolution, ou retour d'un état
solide à un état fluide, qui est sa forme naturelle.
Quant à la couleur,
bien que, sous sa forme pellucide, le cristal ne semble en avoir
aucune, lorsqu'il a été réduit en poudre,
il possède un voile et une ombre de bleu, tandis que les
grains les plus grossiers sont d'une teinte plus sombre que la
poudre de verre de Venise, apparence qu'il conserve, même
s'il est placé dans le feu pendant longtemps. Ce qui ne
devrait cependant pas nous inciter à l'étonnement,
car les corps vitrifiés et pellucides sont d'une apparence
plus claire dans leur continuité que lors de leur division
en fragments pulvérulents et Minuscules. Ainsi le Stibium
ou verre d'Antimoine est d'une apparence un peu rouge sous forme
de verre, alors qu'il est jaune une fois réduit en poudre;
ainsi le verre teint d'un rouge sanguin, une fois pulvérisé,
ne dépassera pas la couleur de la mûre.
Quant à la figure
du cristal (laquelle est fort étrange, au point que Pline
était au désespoir de jamais pouvoir la déterminer 26),
elle est le plus souvent hexagonale ou à six sommets, étant
construite à partir d'une matière confuse, d'où,
comme d'une racine, surgissent des figures angulaires semblables
à celles de l'Améthyste et des Basaltes. Figuration
régulière qui a fait penser à certains qu'elle
n'est ni déterminée par sa circonscription, ni conforme
aux contiguïtés mais plutôt qu'elle provient
d'une racine séminale et d'un principe de formation qui
lui est propre, comme nous pouvons l'observer dans diverses autres
concrétions. Ainsi les pierres que l'on trouve parfois
dans le fiel humain sont le plus souvent triangulaires et pyramidales,
bien que la figure de cette partie ne paraisse pas y concourir.
Ainsi l'Asteria ou Lapis Stellaris 27
contient la figure d'une Étoile, ainsi Lapis Judaicus 28
possède des lignes circulaires et équidistantes
tout le long de son corps, comme si elles avaient été
produites au tour par l'Art. Ainsi en va-t-il de ce que nous appelons
Pierre de fée *, que l'on trouve souvent chez nous dans
les carrières de gravier *; celle-ci possède une figure hémisphérique,
et cinq lignes doubles provenant du centre de sa base, lesquelles,
si elles ne sont pas dérangées par des accrétions,
se rejoignent le plus souvent et se croisent à l'autre
pôle. Les figures sont régulières dans de
nombreuses autres pierres, telles que les Bélemnites, Lapis
anguinus 29, Cornu Ammonis 30
et bien d'autres encore, ce que toute personne qui n'en a pas
l'expérience comprendra en observant les figures dessinées
par les Minéralogistes. Mais la Glace obtient sa figure
en fonction soit de la surface sur laquelle elle se concrétise
soit de l'ambiance qui lui donne sa forme. De sorte que cette
figure est plane à la surface de l'eau, mais sphérique
pour la grêle (elle aussi une glaciation) et figurée
lors de sa descente goutteleuse dans l'air, donc plus ou moins
grande selon l'accrétion ou congélation pluvieuse
autour de la mère et des Atomes fondamentaux de celle-ci;
lesquels semblent être des particules plumeuses de Neige,
bien que la Neige elle-même soit sexangulaire, ou du moins
qu'elle ait une figure étoilée et possède
plusieurs pointes.
Ils se différencient
aussi en fonction du lieu de leur génération; car,
bien que l'on trouve du Cristal dans les pays froids où
la Glace perdure longtemps et où l'air est extrêmement
froid, on en trouve également dans des régions où
la Glace existe rarement et où elle fond rapidement, comme
le décrivent Pline 31 et Agricola à propos de Chypre,
de Caramania 32 et d'une Île de la mer Rouge; on
en trouve aussi dans les veines des Minéraux, parfois agglutiné
au plomb, parfois dans des Roches, des pierres opaques, ainsi
que dans le visage de marbre d'Octavio, duc de Parme *.
On en trouve également dans des veines continues, comme,
entre autres, celles du mont Salvino, dans le Territoire de Bergame,
où, si l'on en prend un morceau, en peu de temps, au même
endroit, comme de sa matrice minérale, on verra apparaître
d'autres morceaux. Ce qui permit à l'érudit Cerutus
de conclure, Fideant hi an sit glacies, an vero corpus fossile *.
On en trouve également dans les veines des Minéraux,
dans les roches et parfois dans la terre ordinaire. Quant à
la Glace, elle ne se solidifie aisément qu'au contact de
l'air, comme nous en avons fait l'expérience à l'aide
d'eau mise dans un verre et recouverte d'un pouce d'huile, cette
eau ne gèle pas facilement au cours des fortes gelées
de notre climat; En effet, le plus souvent l'eau se solidifie
d'abord à sa surface et gèle ensuite vers le bas,
et il en sera ainsi, même lorsqu'elle est exposée
dans le plus froid métal de plomb; ce qui s'accorde très
bien avec la phrase de Job, Les eaux se durcissent comme la
pierre, et la surface de l'abîme se presse et devient solide *.
Quant à savoir si l'eau qui a été bouillie
ou chauffée vient à se congeler plus rapidement,
ce qui est l'opinion la plus courante, nous nous fions à
l'expérience menée par Cabeo, lequel a rejeté
cette opinion dans son excellent traité sur les Météores 33.
Leurs caractéristiques
élémentaires et leurs usages médicinaux sont
contraires; car la Glace, ayant les caractéristiques de
l'eau, est froide et humide, tandis que le Cristal est froid et
sec, selon les caractéristiques de la terre; l'utilisation
de la Glace est condamnée par la plupart des Médecins,
celle du Cristal recommandée par un grand nombre d'entre
eux. Car, bien que Dioscoride et Galien ne le mentionnent pas,
Mattioli, Agricola et beaucoup d'autres auteurs en ont fait l'éloge
dans les cas de dysenteries et de flux, tous les auteurs pour
faire venir davantage de lait aux nourrices, la plupart des Chimistes
contre les calculs et certains, comme Brasavola 34
et Boèce de Boodt 35, comme un antidote contre le poison:
opérations occultes et spécifiques qu'on ne peut
pas attendre de la Glace; qui, n'étant rien d'autre que
de l'eau gelée, ne pourra jamais acquérir ces qualités;
il n'est pas non plus raisonnable de penser qu'elle aurait des
propriétés secrètes, lesquelles sont les
attributs de la forme et des compositions à distance de
ses éléments.
Ayant ainsi énoncé
ce que le Cristal n'est pas, il serait sans doute satisfaisant
d'exprimer ce qu'il est. Donc d'expliquer de quoi il est constitué,
selon le jugement des Auteurs reconnus et de la plus fine raison:
c'est un corps minéral appartenant à la catégorie
des pierres, que certains mettent même dans la subdivision
qui comprend les gemmes; transparentes et ressemblant au Verre
ou à la Glace, produites par une percolation visqueuse
de particules terreuses, tirées de leur suc le plus pur
et le plus limpide, dû à quelque coopération
ou coadjuvance de la froideur de la terre, quoique sans détermination
immédiate ni efficacité, laquelle se faisant à
partir de son esprit concrétif, des semences de pétrification
et de Gorgone qu'elle contient, ainsi que les Philosophes les
plus sensés l'ont compris à propos de la génération
de Diamants, d'Iris, de Béryls. Lesquels ne proviennent
ni de glaçons ni de simples substances aqueuses et congelables
qui auraient été condensées en solides par
les gelées, ce qu'il serait vain d'attendre même
de congélations Polaires, mais des particules terreuses
les plus ténues et fines, si bien contempérées
et résolues que la transparence n'en est pas altérée,
et contenant des esprits lapidifiques capables d'assurer leur
solidité malgré l'opposition de leurs contraires
externes, ce qui produit une différence importante entre
les liens de la glaciation, lesquels, dans les montagnes de Glace
que l'on trouve dans les Mers du Nord, sont aisément dissous
par la chaleur ordinaire du Soleil; et la plus grande finesse
des ligatures de la pétrification qui fait que non seulement
les concrétions les plus dures des Diamants et des Saphirs,
mais aussi les veines plus tendres du Cristal restent indissolubles
dans les territoires torrides et le pays Nègre du Congo.
Et en conséquence
je crains que nous ne considérions les éléments
souterrains selon une contemplation qui ne respecte pas suffisamment
la création. Car, bien que Moïse n'ait laissé
aucune mention concernant les minéraux, ni aucune autre
description que celles qui s'accordaient à la Création
visible et apparente, il existe néanmoins une très
large Classe de créatures de la terre qui sont bien supérieures
à un état élémentaire, et, bien qu'elles
ne possèdent pas un type de vitalité distinct et
indiscutable ou qui corresponde en tous points aux propriétés
et caractéristiques des plantes, elles possèdent
néanmoins, comme ces dernières, mais en fonction
de constitutions inférieures et décroissantes, des
spécificités, et elles sont déterminées
par des séminalités, c'est-à-dire des semences
créées et définies disposées dans
la terre depuis le tout début. Ce en quoi, bien que n'atteignant
pas les conditions nécessaires de l'Animation, elles possèdent
une affinité qui les en rapproche. S'il est vrai que nous
n'avons pas de nom adéquat ni d'expression pour les définir,
ne sont-elles pas englobées dans le terme général
de concrétion, ou encore omises comme n'étant que
des mixtions Élémentaires et Souterraines?
La caractéristique
principale du Cristal, qui le rapproche le plus des gemmes, est
la Translucidité; quant au rayonnement ou au scintillement
que l'on retrouve dans de nombreuses gemmes, il n'est pas possible
de les trouver dans le Cristal, car il est loin d'avoir leur dureté
ou leur compacticité; il n'est donc pas nécessaire
d'utiliser l'Émeri, comme pour le Saphir, le Grenat et
le Topaze, mais on peut le marquer avec l'acier, un peu comme
dans le cas de la Turquoise. Quant à sa diaphanéité
ou perspicuïté, il en est éminemment bien pourvu,
et la raison de cela en est sa continuité, du fait que
ses parties terreuses et salines sont constituées avec
tant de précision que son corps ne contient pas de pores
et n'est pas disjoint par des terminaisons atomiques. Car c'est
cette continuité des parties qui est cause de la perspicuïté;
deux expériences peuvent démontrer cette qualité.
C'est-à-dire que la transparence peut être obtenue
dans des corps qui ne l'étaient pas auparavant, ou du moins
qui l'étaient bien moins que la transparence qui leur a
été apportée; ainsi la neige devient transparente
après liquation, de même la corne et les corps animaux
peuvent être transformés en parties continues ou
en gelée. On observe la même chose avec le papier
huilé: les divisions interstitielles prennent un aspect
continu après l'addition d'huile, il devient plus transparent
et il admet les rayons visibles avec bien moins d'ombrosité.
Le même effet peut également être obtenu en
rendant opaques les corps qui étaient auparavant pellucides
et capables de perspicuïté. Ainsi le verre, qui était
auparavant diaphane, et qui se transforme, une fois réduit
en poudre, en une multiplicité de facettes, devient un
corps opaque et ne laisse plus passer la lumière; il en
va de même du cristal pulvérulent, qui l'avait été
auparavant, car s'il est chauffé dans un creuset et s'il
est alors jeté dans l'eau, il s'assombrit et sa diaphanéité
diminue, car l'eau, en pénétrant le corps, ayant
produit une division de ses parties qui interrompt l'union des
Atomes formant précédemment une unité.
Le fondement de cette
opinion commune peut provenir des conclusions tirées par
certains hommes à partir de leur expérience, du
fait que le Cristal se trouve parfois dans les rochers et dans
quelques endroits qui ne sont pas sans ressembler un peu aux dépendances
stirieuses 36 et stilicides de la Glace; il peut cependant
également se trouver dans des endroits qui ont été
soit abandonnés, soit dénudés de toute terre,
mais il peut aussi s'agir de pétrifications ou d'indurations
Minérales, comme c'est le cas pour d'autres gemmes qui
sont dues aux percolations de la terre lorsqu'elles forment de
telles concrétions.
Le second fondement,
le plus commun, est dû au mot Cristalus, par lequel
la langue grecque exprimait à la fois la Glace et le Cristal,
et de nombreuses personnes qui n'y ont pas sérieusement
réfléchi ont imaginé une communauté
de nature du fait de la communauté de nom, et ce qui était
attribué à l'un n'était pas complètement
inapplicable à l'autre. Mais c'est une erreur d'Équivocation
que d'inférer une Identité de nature à partir
d'une communauté de nom. C'est cette même erreur
qui trompa l'homme qui but de l'Aqua fortis en pensant
boire une eau forte; de même se trompent ceux qui pensent
que sperma Coeti, qui se trouve dans la tête de la
Baleine, en est le frai, ou qui identifient sanguis draconis
(qui est la gomme d'un arbre) comme étant le sang d'un
Dragon. La même Logique pourrait nous faire inférer
que l'humeur Cristalline de l'oeil, ou plutôt le ciel Cristallin
au-dessus de nous, est de la même substance que le Cristal
ici-bas; ou que Dieu fait tomber sur nous du Cristal parce que
c'est ce que dit la traduction du Psaume 147 dans la Vulgate,
mittit Cristallum suum sicut Buccellas; et, bien que cette
traduction exprime littéralement la Septuaginte, il n'y
a pas là davantage à exprimer que ce que notre traduction
en anglais simple exprime, à savoir, il envoie sa glace
divisée en une infinité de parties, ou encore ce
que nous apporte tout aussi clairement la traduction de Tremellius
et Junius: Dejicit gelu suum sicut frusta, coram frigore ejus
quis consistet 37? Si ces expressions latines correctes
avaient été suivies dans les anciennes traductions,
les Interprètes d'autrefois n'auraient pas été
induits en erreur par la Synonymie *; Augustin, la Glose, Nicholas de Lyra 38
et bien d'autres encore n'auraient pas repris la notion vulgaire
et n'auraient pas parlé tranquillement de ce texte en en
donnant une opinion qu'il aurait fallu rejeter.
1 [xxxvii.
9, 23: "Crystallum fecit, gelu vehementiore concreto."
"Le cristal devient plus solide que la glace."] >
2 [Questions naturelles, III, xxv, 12.] >
3 [Carmina minora, 33-38 (56-61).] >
4 [Exotericae exercitationes, cxix. 1.] >
5 [De mineralibus, II, ii, 3.] >
6 [Aphorismos Hippocratis et Galeni, v, 24.] >
7 [Basile de Césarée, Homélies sur l'Hexaemeron, iii, 4.] >
8 [Isidore de Séville, Etymologiae, XVI, xiii, 1.] >
9 [Sermons, 147.] >
10 [Homélies (Ézéchiel), i, 7.] >
11 [Ézéchielem, 1.] >
12 [1:22.] >
13 [En fait, II, lii, 2.] >
14 [Ludovico Richieri, Lectiones antiquae, I, 10.] >
15 ["Le cristal est une pierre formée d'eau pure, non pas par l'action du froid mais par celle de la chaleur divine." Exercitationes Plinianae, I, 62.] >
16 ["On prétend que la glace, en se condensant, produit le cristal, mais c'est une erreur." Polyhistor, XVI.] >
17 [6.] >
18 [Subtilités, 7.] >
19 [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, ii, 73.] >
20 [Bernardo Cesi, Mineralogia, sive naturalis philosophiae thesauri, (pp. 427 ff).] >
21 [Daniel Sennert, De chymicorum cum Aristotelicis et Galencis consensu ac dissensu liber, II.] >
22 [Eau-forte, ou acide nitrique.] >
23 [Cf. Météorologiques, IV, 10.] >
24 [6.] >
* Paracelse: De praeparationibus [i, 3]. >
25 [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, i, 20.] >
26 [XXVI, 9 (26).] >
27 [Astéries ou pierres étoilées, selon Pline. Soit un saphir soit un madrépore pétrifié (astroïte).] >
28 [Pierre judaïque, fossile d'un gros oursin trouvé en Syrie et utilisé pour dissoudre les calculs biliaires.] >
* Laquelle semble être Echinites decima Aldrovandi. Le Musée métallique, Liv. 4, [1]. Mais plutôt Echinometrites, car elle ressemble davantage aux Echinometra [hérissons de mer] que l'on trouve souvent sur nos rivages. >
* Dans les carrières de pierres et les mines de craie. >
29 [Ou pierre serpentine.] >
30 [Corne d'Ammon, ammonite.] >
31 [XXXVII, 9 (23 & sq.)] >
32 [Sultanat d'Asie Mineure, aujourd'hui en Turquie.] >
* Où le Sculpteur trouva un morceau de Cristal pur [1524-1586]. >
* [Ils pensent qu'il s'agit de glace, alors qu'en fait c'est un corps fossile.] [Benedetto Ceruti et Andrea Chiocco], Museum Francisci Calceolarii, [3]. >
* Chap. 38[:30]. >
33 [Niccolò Cabeo (1586-1650), In quatuor libros meteorologicorum Aristotelis commentaria (1646), i, 324.] >
34 [Examen omnium simplicium medicamentorum, 1537, p. 441.] >
35 [Le Parfait joaillier ou Histoire des pierreries, p. 223.] >
36 [De stiria, goutte congelée.] >
37 [Bible latine (1590) ; "Il lança sa glace en morceaux, qui peut résister devant son froid?"] >
* Accord en nom. >
38 [Biblia sacra, cum interpretationibus, et postillis.] >
Traduit de l'anglais par B. Hoepffner