La Géographie ne peut remplacer le mythe

Bernard Hoepffner

Á propos de Géographie III, d'Elizabeth Bishop
Traduit par Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard (Circé) Edition bilingue, préfacée par Octavio Paz, postface de C. Mouchard

       Par l'étude de la répartition des forces qui gouvernent les phénomènes physiques localisés à la surface du globe terrestre on aboutit à une géographie; cette géographie est aussi une surface, une surface cartographiée sur laquelle il est alors possible d'avancer et où chaque pas produit une résonance indicatrice du centre - car la terre est sphérique. Au contraire de l'Art de la Cartographie mentionné par Borges dans Histoire de l'infamie - cet Art poussé à une perfection telle qu'il doit finalement être abandonné car il n'épouse plus que la surface des choses et ne trace que sa propre configuration - la cartographie d'Elizabeth Bishop est une tentative de formulation de ce qui se dissimule derrière et entre les choses.
       Le titre de cette note de lecture a été emprunté à Octavio Paz, emprunté et légèrement transformé - dans son livre, Labyrinthe de solitude, il dit que «la géométrie ne peut remplacer le mythe». Elizabeth Bishop ne remplace pas le mythe par la géographie, sa géographie est une recherche du mythe et nous donne notre position exacte d'êtres humains (les îles, les isolados, de Melville) en transit, avec nos propres mondes intérieurs, en relation au monde extérieur qui nous entoure. Toute son oeuvre trace une géographie - à l'aide d'objets, de terres, d'eau, de plantes, de personnes, d'animaux, de voix - qui décrit (au sens géométrique) humblement, sans grandiloquence, les résonances d'un mythe, d'une perte, de l'enfermement, de la barrière qui nous sépare des autres, de l'autre. C'est ainsi qu'elle sonde sous la surface qu'elle a fait apparaître, surface chatoyante et précise, pour trouver, toucher ce qui manque, ce qui blesse, sans jamais le décrire (dans l'autre sens du verbe) et le restituer, en creux, en négatif, par son absence - car les objets restituent, ont absorbé les expériences douloureuses. De cette façon elle fait revivre l'expérience, ayant recréé tout ce qui faisait l'environnement d'un moment enfoui, étant parvenue non pas à nous dire ce qu'elle a ressenti, mais à nous le faire vivre comme si nous l'avions ressenti. Un des poèmes d'Octavio Paz qu'elle a traduits, «Objets & Apparitions» est dédié à Joseph Cornell, à ses constructions d'objets, «Monuments de chaque moment... cages pour l'infini», et ce poème avait justement été inclus dans la première édition de Géographie III.
       Le premier poème («La Carte») de son premier recueil (North & South), est un exercice de topographie, une étude du problème des quatre couleurs, «Sont-elles fixées, ou bien les pays peuvent-ils choisir leur couleur?»; son dernier recueil publié, Géographie III, s'ouvre sur un extrait de manuel de géographie scolaire, un objet trouvé qui est aussi un hommage à Joseph Cornell: «Sa femme m'a envoyé une grammaire français-allemand dont il semblait avoir voulu faire quelque chose, sans toutefois l'avoir fait. Un grand nombre de pages avaient été pliées et avaient la forme d'étoiles entourées à l'encre rouge». La géographie n'est donc pas la «clé» de son oeuvre, elle en est la structure, le mode d'interrogation. Une fois la carte redessinée, formant la trame des poèmes, de ces aventures, de ces voyages, de ces explorations en boucle déjà tournées vers le retour avant même le départ, quand tout a été mis en place, a retrouvé sa place, Elizabeth Bishop a recréé le mythe.

       «L'Orignal» est le parfait exemple d'un de ces voyages. Déjà dans son troisième recueil, Questions of Travel, Elizabeth Bishop s'était plongée, avec moins d'assurance, dans les problèmes que posent la mémoire, le souvenir d'événements disparus et pourtant toujours vivants, présents, en filigrane. Le voyage, dans «L'Orignal», se fait en car, avec la narratrice nous quittons la Nouvelle Ecosse, et le poème est le long et mince fil d'Ariane qui permet d'explorer le labyrinthe et de retrouver le chemin du retour, c'est-à-dire d'emporter avec soi l'espace qu'on vient de quitter. «Je ne suis arrivée nulle part, je pense - à peine à ces premiers bancs, pour m'asseoir et me reposer, sous cette tonnelle à l'écart du labyrinthe», dit-elle dans une lettre à Anne Stevenson. De même dans un autre poème, Crusoé, de retour en Angleterre, redessine la carte de son royaume, de son île «non-redécouverte, non-renommable» dont aucun livre, et certainement pas celui de Defoe, n'a parlé «comme il faut». Autrefois, dans son île, il avait rêvé de la théière qui lui manquait, maintenant, exilé de nouveau, mais en Angleterre, il se rend compte que son couteau qui «vivait», «n'a plus un regard pour moi. / L'âme s'en est égouttée.» Dans Géographie III, ce mouvement d'avant en arrière, d'arrière en avant, du présent au passé, du passé au présent, cette boucle infinie, s'ouvre à la fois vers l'intérieur et vers l'extérieur. Dans les premiers poèmes d'Elizabeth Bishop, les cadres, la géographie protégeaient, limitaient, et l'évasion possible, le retour, la boucle, étaient à peine ébauchés. Harold Bloom a dit de Géographie III que, là où le langage de la perte, du deuil n'avait été jusqu'alors qu'à peine suggéré par Elizabeth Bishop, il prend dans ses derniers poèmes la place de la voix méditative.
       À ces deux thèmes, celui du voyage, celui de la perte, s'ajoute un troisième, celui de la fermeture, des îles, des mondes minuscules, protecteurs et protégés, des chambres fermées, de la solitude. Dans «Fin mars» (qui, en anglais, est aussi la fin de la marche, l'aboutissement), on retrouve la maison fermée, le rêve d'une coquille où le monde extérieur - son bruit, sa perspective - ne pénètre que filtré par des planches, d'un des premiers poèmes d'Elizabeth Bishop, «The Monument», où déjà «La vue est restreinte / ... / si basse qu'il n'y a pas de 'au loin'». Dans «Fin mars» la maison est mieux définie, mieux comprise, c'est «la demeure du rêve, proto ou crypto demeure», c'est aussi celle de la nouvelle «La Mer & son rivage», qui «ressemble plus à une idée de maison qu'à une vraie maison», dans ce refuge il va être possible de passer de l'analyse de la nature, du décryptage des choses, à l'écriture (et à la lecture). La plage de «Fin mars», est aussi le lieu de la narration d'un voyage qui, une fois de plus, est un aller et retour, d'abord la marche, la description des choses trouvées sur le sable, les empreintes d'un chien (lion?), le fil conducteur d'une corde de cerf-volant qui ici s'interrompt, «épais enchevêtrement blanc», avant que ne soit atteinte la maison, elle aussi protégée de la mer par des traverses, ces ties qui en anglais sont aussi des liens, les liens d'amour, qui comme des lignes «tellement parallèles / Bien qu'infinies, ne se touchent jamais» de «The Definition of Love» d'Andrew Marvell; mais la maison est fermée, impénétrable, et c'est le retour, parallèle; les choses vues à l'aller sont retrouvées et, dans l'autre sens, elles peuvent être décryptées, car maintenant le soleil lion est derrière; c'est lui qui a sans doute brisé la corde du cerf-volant. Dans ce poème tout est double, paire, boucle.
       La chambre, elle est aussi présente dans «Nouvelles de minuit», mais réduite aux dimensions de la table de l'écrivain, «où la visibilité est pauvre», qui devient la carte d'un pays désert, une vision de Lilliputien, et aussi une satire de la suffisance des Américains du Nord face au tiers-monde (au Brésil?). On retrouve aussi la notion de maison dans «Un art», où Elizabeth Bishop déplore la perte de trois maisons, la maison de sa grand-mère en Nouvelle Ecosse, et deux maisons au Brésil. À chaque lecture de cette villanelle - qui répète quatre fois que l'art de perdre n'est pas dur à maîtriser - il m'est impossible de ne pas penser à «Lady Lazarus», ce poème où Sylvia Plath dit que «mourir / est un art, comme tout le reste / je le fais exceptionnellement bien.» Cet écho, paradoxalement, creuse un fossé entre la poésie confessionnelle de Sylvia Plath et la poésie élégiaque plus distante d'Elizabeth Bishop. Et pourtant «Un art» est un poème où le «je» n'est plus vraiment celui d'une narratrice, mais bien celui d'Elizabeth Bishop, et «la voix qui plaisante, un geste que j'aime» sont des réminiscences de Lota de Macedo Soares, l'amie avec qui elle vivait au Brésil jusqu'à la mort de cette dernière en 1967. Et pourtant Elizabeth Bishop doit se forcer à écrire le dernier mot «désastre» - l'humour noir de «(écris-le)» apporte toute la distance nécessaire qui évite au lecteur d'y voir une confession. Lors d'une interview, Elizabeth Bishop a dit de ce poème qu'il s'était, pour une fois, écrit tout seul: «J'avais toute ma vie voulu écrire une villanelle et n'y étais jamais parvenue. J'en ai commencé, mais pour une raison ou une autre ne parvenais pas à les terminer. Et un jour, je n'arrivais pas à y croire - c'était comme si j'écrivais une lettre.»
       Si la poésie d'Elizabeth Bishop, avec celle de Marianne Moore, son aînée, a une place à part dans la poésie américaine, éloignée de celle des poètes dits confessionnels, Géographie III est cependant son recueil le plus autobiographique. Là, comme dans les nouvelles qu'elle écrivait à la même époque (les nouvelles seront publiées en septembre sous le titre Une Folie ordinaire par le même éditeur, Circé, qui compte publier en France l'oeuvre complète d'Elizabeth Bishop), elle pénètre de plus en plus profondément dans son enfance, se rapproche de plus en plus de la perte - perte de sa mère, perte du village de Nouvelle Ecosse où elle avait vécu de merveilleuses années avec ses grands parents maternels - et nous amène au coeur même de ce qu'elle veut nous faire partager; la géographie se tend, se resserre. Dans «L'Orignal», commencé au Brésil, vingt ans avant sa publication, à une époque où elle aurait été influencée par son ami Robert Lowell qui, dans Life Studies, utilisait l'autobiographie (certains des poèmes de Lowell reprennent à peu près mot pour mot des lettres que lui avait envoyées Elizabeth Bishop), nous sommes, dès le premier mot - «From» («Du fond de») - à Great Village, en Nouvelle Ecosse, le village de ses grands parents; une longue phrase de six strophes longe la baie de Fundy, les églises, et ce n'est qu'à la cinquième strophe qu'apparaît le sujet, «un car roule vers l'ouest»: la narratrice est en transit, quitte les Maritimes Provinces du Canada. La coupure avec l'enfance se fait lorsque le car quitte la presqu'île de la Nouvelle Ecosse et s'enfonce dans le brouillard, dans le New Brunswick, nouveau monde, monde étranger, où les forêts sont «rêches, échardées». C'est là que se fait le vrai départ, le car roule vers Boston, les passagers s'assoupissent, et dans le demi-sommeil, les bribes de phrases qui parviennent à la narratrice deviennent «une vieille conversation», la «voix des grands parents»: à peine quittée la presqu'île que déjà le rêve, l'imagination ramène en arrière, dans le temps, dans l'espace, vers la région magique de l'enfance; et il est alors possible de s'endormir. Mais le car s'arrête brutalement devant l'apparition d'un orignal «haut comme une église», «parfaitement inoffensif», autre retour, rappel insistant, impossible oubli, il restera toujours «une légère odeur d'orignal» mêlée à celle de l'essence.
       «Cité de la nuit» est un autre voyage, voyage en avion au-dessus d'un monde de feu (étrange prémonition des émeutes de Los Angeles où des hélicoptères filmaient «la ville [qui] brûle les fautes»), c'est le poème le plus obscur, cauchemar surréaliste d'un Robinson Crusoé moderne survolant ses «misérables petits volcans», poème où le «sang turgide et clair qui éclabousse» fait écho au jet de sang qui émerge de la face d'un grand roc dans «Love Unknown» de George Herbert, son poète préféré. Dans «Crusoé en Angleterre», auquel elle avait d'abord donné le titre de Crusoé at Home, le voyage est celui de l'imagination, de l'écriture, cette île (un peu comme l'île que Martin Pincher recrée de toute pièce dans le livre éponyme de Golding) est en papier, elle a autant de volcans que l'année a de semaines, elle a été transmuée en temps, temps écoulé, éculé comme les vieux vêtements que Crusoé se prépare à léguer au musée. Ce poème est le plus long, le plus ironique du recueil, ironique par la transformation d'un personnage que nous connaissons tous en un exilé indécis, plaintif et sensible - il est devenu un poète. Elizabeth Bishop avait, dit-elle, relu le livre de Daniel Defoe et découvert quel horrible personnage était Robinson Crusoé, elle s'était alors souvenu d'un voyage à Aruba, au nord du Venezuela, une île couverte de volcans. C'est ici qu'Elizabeth Bishop exprime le mieux la distance qui la sépare des poètes romantiques, entre autres Wordsworth, dont elle cite ironiquement le poème le plus connu, laissant de côté, oublié par Crusoé, le mot «solitude» (dans le roman de Defoe, c'étaient les «verts pâturages» des Psaumes qui avaient perdu leur sens). Wordsworth dont elle se moque aussi un peu dans le dernier poème, «Au sixième étage», où son «oiseau inconnu», qui n'est certainement pas un rossignol, «semble bailler». Toute sa distance aussi avec cette nature transposée, idéalisée, féminine, ces visions élevées des romantiques: ses volcans à elle sont des «tas de cendres», son île une «décharge à nuages», et pourtant, dans une lettre à Robert Lowell, elle déclare n'être qu'une «minor female Wordsworth»; pour contredire cette opinion qu'Elizabeth Bishop a d'elle-même, il suffit de remarquer que son utilisation des jeux de mots, comme par exemple, «Mont d'Espoir ou Mount Despair» la rapproche beaucoup plus des poètes métaphysiques anglais que sont Donne, Herbert et Marvell.

       «La mémoire est une espèce / d'accomplissement, / une sorte de renouveau / même / une initiation» a écrit William Carlos Williams. Dans «Poème», Elizabeth Bishop retrace ce qui la lie à ses souvenirs du passé au moyen de la description extraordinairement précise d'une peinture grande «comme un ancien billet d'un dollar», une peinture faite de riens, de minuscules touches de pinceau, une scène champêtre, une description si précise qu'elle finit par faire revivre le paysage, dans lequel la narratrice a autrefois vécu, et les noms d'alors, «d'avant moi», lui reviennent, et la première partie du poème, la partie descriptive s'est rétrospectivement métamorphosée en une carte de Great Village, et le poète rejoint le peintre («nos visions coïncident»), il ne s'agit plus d'un froid exercice esthétique mais d'une réponse émotionnelle; quoique «visions» soit «un mot trop sérieux - un regard». Et lorsque le cadre de cette petite peinture finit par éclater de vie et de souvenirs, au moment où on pourrait penser que la peinture va à présent leur servir de tremplin, tout se referme, les adjectifs indiquent la petitesse, l'étroitesse, il faut rester terre à terre, nous avons vu «le peu que nous recevons gratuitement»; sous cette carte, sous ce bristol résonne une vie qui ne peut être décrite, qui vit d'autant plus qu'elle y vit toute seule, à l'abri des mots qui pourraient l'épingler, impossible à analyser et donc toujours vivante - les ormes sont toujours debout, déjà touchés par la maladie, ils seront abattus avant qu'elle ne puisse les voir.
       La jeune enfant qui lit le National Geographic «Dans la salle d'attente», le premier poème du recueil est un peu plus âgée que l'enfant de «In the Village», la dernière nouvelle d'Elizabeth Bishop; les deux enfants sont surprises par un cri, ici un cri «du dedans» - quel dedans? celui de la pièce où sa tante est soignée par le dentiste? sans doute, mais aussi celui de l'enfant elle-même puisque «c'était moi, ma voix dans ma bouche», mais aussi celui de l'asile: «1916. Ma mère, après plusieurs dépressions, est entrée pour toujours à l'asile. Elle y a vécu jusqu'en 1934. Je n'ai jamais dissimulé ceci, bien que je n'aime pas trop en parler. Mais naturellement, il s'agit, pour moi, de quelque chose d'important. Je ne l'ai plus jamais revue.» (Lettre à Anne Stevenson). Dans le poème comme dans la nouvelle, le cri unit le monde intérieur à celui de la géographie, les dimensions, les échelles se renversent, s'évasent et aspirent dans un sens et dans l'autre, l'enfant apprend qu'elle appartient à un monde inéluctable où l'on souffre, où l'on vieillit, où il faut un nom pour se différencier des autres et pour faire partie du groupe: je = Elizabeth = une d'entre eux (avec la merveilleuse trouvaille de traduction, une ligne plus bas, «one, too» devient «l'une d'eux»). Le regard aussi se perd - de l'intérieur vers l'extérieur, du dehors au dedans, puis de côté, il parvient à s'appuyer sur la certitude de la géographie, d'un monde qui existe, sur le papier: le National Geographic de février 1918 (qui ne contient d'ailleurs aucun des articles dont elle parle). On retrouve la même situation, les mêmes mots dans un texte autobiographique écrit en 1961, «The Country Mouse», où l'enfant, au même âge, découvre trois grandes vérités: qu'elle est orpheline (même s'il s'agit d'un mensonge partiel), que d'autres vivent dans la pauvreté, et finalement - c'est une voix qui le lui fait comprendre - «tu es toi et tu seras toi pour toujours».
       Le recueil s'achève sur un poème d'une extraordinaire simplicité, qu'on dirait presque pastorale s'il n'y avait une dimension d'humour tendre. Tout se passe au lever du jour - toujours, chez Elizabeth Bishop, le moment où les décisions se prennent. Aux questions que toute l'oeuvre pose, la nature répond, mais pour les animaux seulement, pour les humains, conscients d'eux-mêmes, qui ont «le sens de la honte», la seule réponse aux questions est qu'il faut simplement accepter la transition, le passage de la nuit, du rêve, du passé, vers le jour.
       David Kalstone, dans son merveilleux livre sur Elizabeth Bishop, nous dit que, pour elle, «l'existence de fait qui se trouve en dehors du moi - la géographie, d'autres esprits, le monde en tant que création préexistante - sont comme des radeaux, un répit et une délivrance de la culpabilité. Et elle insiste sur la nécessité d'une précision littéraire non seulement parce qu'elle croit que c'est 'vrai' mais aussi parce que c'est littéral au sens premier de ce mot - à la lettre. Le mot imprimé affirme un lien fragile entre le moi et le monde.»
       La passion d'Elizabeth Bishop pour la géographie, la description précise des choses, de ce qui nous entoure, de ce qui entourait des moments importants de découverte et de douleur, lui permet de faire revivre la biographie de chacun, car nous nous retrouvons à l'intérieur de ces poèmes, de ces textes, nous vivons ces moments, ces douleurs, et, comme Elizabeth Bishop l'a écrit à Anne Stevenson, dans ces poèmes elle est parvenue à vaincre son isolement par «une concentration dans laquelle je disparaissais», «comme nous flottons sur une mer inconnue je pense que nous devrions examiner très attentivement les autres choses qui flottent et qui dérivent près de nous; qui sait ce qui pourrait en dépendre?»

Traduit de l'anglais par Bernard Hoepffner